Explorer le Monde de Demain depuis les marges

Où il est question de littérature, de cinéma, et d'autres choses vues des marges

Rêve
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Je suis à la piscine avec mon père. Je me dis qu'il est temps de sortir. Pour cela, je passe par le tunnel d'eau qui mène des bassins intérieurs vers les bassins extérieurs (configuration de l'Aqualand du Touquet où j'étais en 1991... ça me rajeunit pas). Une fois dehors, j'aperçois Stéphane R. et ses filles dans un bassin enfant avec toboggan. Je sors et je me rends alors compte qu'autour de moi, beaucoup d'hommes sont nus... et on un tout petit sexe (ce sont peut-être des Grecs*). Le malaise grandit lorsque je me rends compte qu'il n'y a que des hommes autour de moi et ils sont tous nus.

Réveil.

* Car, comme je l'ai appris à l'écoute des Nouveaux chemins de la connaissance, sur France Culture, les hommes beaux, pour les Grecs, ont les épaules fermes, le torse saillant, les fesses rebondis et le sexe menu. Dans L'Histoire, j'ai appris que c'est également le canon de beauté de l'homme athlète en plein effort. Logique, me direz-vous, à la piscine...
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Nouveau blog
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H. & moi avons ouvert un nouveau blog, intitulé, évidemment, le "Blog des boggans" (c'est ici).

Du coup, mes critiques apparaitront sur ce blog à l'avenir. Mon livejournal va retrouver sa fonction première: servir de support en ligne à mes élucubrations, les réflexions, mes inspirations, mes histoires.

Cela signifie une baisse de l'activité, évidemment, car je n'ai pas des idées tous les jours...







Reflexion (I)
[info]mattboggan
Article passionnant du NYT:

http://www.nytimes.com/2009/10/18/books/review/Traub-t.html?_r=1&ref=books

Morceau de choix:

We place the Holocaust outside of history; Goldhagen embeds it in the larger, recurring pattern of genocidal killing. While noting that the Nazis were unique in the variety of victims they attacked and the means of killing they adopted, Gold­hagen points out that the institutions we associate with the Holocaust — the camps, the death marches, the mobile killing squads — recur in Stalin’s Russia and Mao’s China, in colonial Kenya and Guatemala. Atrocities resemble one another; their differences are shaped by the perpetrators’ ideology, their specific fantasy of a purified world, their view of the victims they seek to eradicate.


Je partage cet avis qu'il faut en effet remettre la Shoah dans l'histoire plus longue des massacres de masse, sans nier ses spécificités, idéologiques, notamment, mais à s'interdire toute comparaison, on s'interdit toute réflexion, n'en déplaise à Claude Lanzmann. Cela me rappelle l'article que j'ai lu cet été dans le recueil de F. sur comment l'idée d'extermination est peut-être née lors du massacre des Hereros par les Allemands en Namibie... et cela me fait penser que récemment j'ai lu un article de L'Histoire dans lequel il était expliqué que les théories raciales sont apparues suite à la colonisation qui a entraîné le contact des Européens avec l'Autre aussitôt vu comme inférieur, ce qu'il a fallu démontrer scientifiquement dans cette ère de progrès et de connaissance scientifiques...

Après, la suite de l'article est nettement plus tendancieuse et ce Goldhagen glisse sur des terrains quelque peu idéologiquement nauséabonds. Néanmoins, cela n'invalide pas l'idée exposée ci-dessus. Si?

Critique roman: A Study in Scarlet d'Arthur Conan Doyle
[info]mattboggan


Mes premières impressions peuvent à présent se transformer en une critique en bonne et due forme. Comme je le disais, j'avais lu, comme tout le monde, les aventures de Sherlock Holmes lorsque j'étais au collège. En l'occurrence, il s'agissait, bien sûr (mon cher Watson), du Chien des Baskervilles. J'en avais gardé un bon souvenir même si pas mal flou: je me souviens que Watson est le principal protagoniste du roman, Holmes n'apparaissant qu'à la toute fin telle une sorte de figure tutélaire dont la stature n'en est que davantage soulignée (un peu comme Arsène Lupin dans L'Aiguille creuse, d'ailleurs).

Lire Sir Arthur en v. o. fut une réjouissante et double surprise. Première surprise: l'écriture. Fluide, sobre, efficace et souvent tout à fait évocateur, le style est vraiment bon, à tel point que je m'étonne qu'il ne soit pas plus cité comme tel quand on parle des aventures de Holmes. (Ou alors, tout le monde le sait et je me couvre littéralement de ridicule en faisant état de ma découverte. Oh l'autre, hé, il savait même pas ça!)

Deuxième surprise: l'intrigue est évidemment celle d'un roman policier, avec une structure toujours répétée (la situation initiale est exposée, Watson agit comme il peut tandis que Holmes inspecte, Holmes comprend le fin mot de l'affaire et laisse les autres s'empêtrer dans la mouise avant de daigner, tel un Sheldon du XIXe siècle victorien, expliquer aux inférieurs à quel point tout ceci est fort simple ma foi) mais elle repose sur une évocation extrêmement intéressante du Londres de la fin du XIXe siècle, notamment en ce qui concerne les bas-fonds et les différentes couches sociales qui sont amenées à se côtoyer, parfois dans le même bâtiment, dans la métropole trépidante qui est alors le centre du monde.

Ainsi, on voit les influences de l'Empire dans Londres avec tous ces Anglais qui reviennent des colonies (Watson lui-même qui revient, convalescent, d'une blessure reçue dans les guerres afghanes... ce que Holmes devine aussitôt lors de leur première rencontre dans une scène d'anthologie), ces Américains qui parassent rustres, ces ouvriers venus du pays noir industriel, etc.

D'ailleurs, dans ce premier opus des aventures du détective, dans l'édition intégrale que je possède (Bantam Classics), on trouve plusieurs chapitres souvent coupés dont l'action se situe aux USA: on y voit la fin de l'épopée des Mormons et le début de leur installation à Salt Lake City. Le jugement porté par Conan Doyle sur les mormons est tout simplement d'une férocité inouïe.

Enfin, bref, tout ceci pour dire que c'est un vrai plaisir et que c'est en plus instructif que de se replonger dans les aventures de Sherlock.

Alors, je sens que je vais avoir un peu de mal avec ça:


Même si j'aime bien Robert Downey Jr., Jude Law et Guy Ritchie en même temps? Eurk, ça va vraiment être dur, dur...

Critiques cinéma: loups-garou et ouech-ouech
[info]mattboggan
Depuis quelques temps, nous rentabilisons notre abonnement C+. Ce mois-ci, sur C+ cinéma, un cycle est consacré aux films de loups-garou. Enfin! Ras-le-pompon des vampires homosexuels pour adolescentes émoustillées...

Malheureusement, le premier, intitulé "Le Goût du sang" était vraiment risible: le scénario était un ramassis de clichés, les scènes avec les loups-garou ridicules (un petit éclair de lumière pour figurer la transformation) et on y voyait un Olivier Martinez égaré là et jouant le méchant loup-garou alpha de sa meute (ça se voit qu'il est méchant dans le film, parce qu'il a un bouc, c'est dire le niveau...) quant à l'histoire, c'est celle d'une loup-garou roumaine qui tombe amoureuse, au grand dam de sa meute, d'un dessinateur américain venu à Bucarest pour étudier les légendes locales dans l'optique de dessiner un comics. Dommage , vraiment, car l'intrigue se déroule à Bucarest et cherche à se nourrir des légendes locales sur les loups-garou. De même, le film effleure l'idée que les garou sont des créatures territoriales et par conséquent veillent jalousement sur leur ville... Mais tout cela est noyé dans le ridicule général, la réalisation poussive, l'écriture clichetonneuse. H. est partie au bout de trois quarts d'heure, moi un quart d'heure après.


Le deuxième, "Dog Soldiers," ne nous a pas retenu plus longtemps. Cette fois-ci, les héros sont un groupe de bidasses en entraînement dans les forêts brumeuses et les montagnes des highlands écossais. Parmi eux, l'acteur qui joue le centurion de la série "Rome." Rapidement, le groupe de militaires se rend compte qu'ils ont pénétré sur le territoire des loups-garou, lorsque les corps des membres de l'équipe adverse, un groupe des Forces spéciales, sont retrouvés déchiquetés et éviscérés. Une vague mention d'une expérience gouvernementale a relancé mon attention déclinante quelques temps avant qu'une scène d'éviscération totalement foirée me fasse rire aux éclats (les entrailles du bonhomme faisant vraiment tripes à la mode de Caen). L'arrivée inopinée et en même temps ô combien prévisible d'une jolie fermière locale m'a confirmé dans ma consternation... Hop, au dodo!


Le prochain de Wes Craven, est descendu en flèche par notre journal télé autrefois catho, bien pensant et bobo... Mais bon, n'empêche ça fait peur. Pourquoi tous les films de loups-garou sont-ils des bouses sans nom? (Sauf peut-être "Wolfen" qui était pas mal avec des Garou amérindiens qui construisaient les gratte-ciels de New York et vivaient dans un Bronx qui était une véritable forêt de ruines... et un Tom Waits chantant au milieu dans un rade miteux... le tout terriblement daté fin années 70 début 80...)


Plus sérieux, C+ a programmé "Entre les murs" adapté et avec François Bégaudeau. Bon, alors, effectivement, la palme d'or était peut-être et sans doute exagérée (mais en même temps comme toutes les palmes de Cannes). Il n'empêche: le film est plutôt réussie avec des scènes souvent crédibles, qui m'ont évoqué des souvenirs de Beauvais. Le plus réussi réside dans les rapports ambiguës entre les élèves et ce prof qui n'est pas au clair avec la relation qu'il veut instaurer avec eux. Néanmoins, même si ce film dresse un certain constat de la société aujourd'hui au prisme de notre système d'éducation et de son inadéquation vis-à-vis de la jeunesse, il n'offre guère plus, ni en réflexion, ni en originalité. Bien, mais pas transcendant, donc.





Critique cinéma: L'Empire du Milieu du Sud
[info]mattboggan
A Blois, nous avons eu la chance (cf. post précédent), d'assister à l'avant première mondiale du dernier film de Jacques Perrin et Eric Deroo, "L'Empire du Milieu du Sud." En voici une critique, donc:

L'ambition des deux réalisateur était de faire un film qui ne soit ni un documentaire, ni une fiction mais quelque chose entre les deux, de définir un nouveau genre, d'utiliser les images d'archives, récoltées dans de nombreux pays, souvent inédites, formant plus de 1400 heures de film, pour en faire un "opéra sur le Vietnam."

L'ambition est en partie réussie, même si je qualifie cette oeuvre d'élégie pour ma part. En effet, en suivant cette évocation du Vietnam qui commence par une légende sur les fils du dragon qui sont allés vers le Sud pour le peupler et qui débute réellement par la colonisation française pour aller jusqu'à la guerre d'Indochine et la guerre du Vietnam, c'est le chant du cygne de l'innocence et de la pureté d'un pays auquel nous assistons. On y voit comment la colonisation a fait des Vietnamiens des victimes, comment les guerres d'indépendance (Indochine puis Vietnam) ont creusé les plaies sous la forme de guerres civiles pour créer aujourd'hui un Vietman jeune, meurtri, endolori, beau, mais d'une beauté tragique.

Certaine séquences, que ce soit par le montage ou par la musique sont d'une grande, grande beauté justement ou sont puissamment évocateurs: parallèle entre les soldats français américains qui s'enlisent dans la boue tandis que les rebelles du Viet-Minh semblent glisser sur l'eau, défilés communistes du Vietnam nouvellement indépendant filmé en couleurs par un réalisateur russe mis en musique sur du "néo-classique" (selon le compositeur) pour évoquer la tristesse qui déjà teinte cette célébration...

Ce film fait appel à notre culture cinématographique du Vietnam, ce qui permet de le suivre, malgré la quasi absence d'explications. Il fait d'ailleurs le pari de l'intelligence et de la culture du spectateur. Le plus grand problème réside d'ailleurs sans doute sur ce point: refusant de verser dans le documentaire et dans les explications pédagogiques, mais étant limité par les images d'archives et par son sujet -- humain, foncièrement humain, de par la colonisation, les guerres -- le film ne parvient pas à trouver l'équilibre entre ces deux pôles -- ou alors hésite constamment, son statut d'hybride ne lui permettant pas de transcender ou de couvrir totalement son sujet. De fait, Perrin se trouve prisonnier de son sujet. Contrairement au "Peuple migrateur" où il tournait ses propres images, le voici obligé d'utiliser des images, mais sans toujours parvenir à atteindre ce qu'il cherche.

Néanmoins, saluons l'entreprise et l'originalité de la forme qui a le mérite d'explorer et de tenter de créer un nouveau genre.

(Je pense d'ailleurs qu'un film à "La Jetée" évoquant nos sociétés à partir d'images d'archives serait passionnant. Une sorte de "Syndrome du Titanic" en noir et blanc et sans le discours moralisateur casse-bonbon.)

Les Rendez-vous de l'Histoire de Blois
[info]mattboggan
Tous les ans, H. et moi allons aux RDV de l'Histoire de Blois. C'est l'occasion d'entendre et, éventuellement de rencontrer, des gens intelligents nous parler de choses intelligentes. Petit bilan de l'édition 2009:


Vendredi soir: "L'Empire du Milieu du Sud" en avant-première mondiale! Film de Jacques Perrin et d'Eric Deroo en présence du second, du producteur (Nicolas Dumont, ça me dit quelque chose), du monteur et du compositeur. Intéressant. OVNI cinématrographique. Critique dans la conversation "critiques ciné." Juste une note sur le public qui, au moment des questions suite au film, n'a eu de cesse que de critiquer: "et vous n'avez pas parlé du 9e bataillon de truc, parce que moi j'y étais... " ou "et vous vous êtes trompés par rapport à l'occupation du Vietnam par le Japon, parce que moi je..." ou encore "et moi je suis historien et donc il faut savoir que..." ou pire "mais c'est bien pessimiste votre film, parce que moi je connais bien le Vietnam: j'y étais en vacances trois semaines..." On s'en fout merde! Tas de cons! C'est un film, une oeuvre d'art, un point de vue cinématographique, c'est pas l'évocation de votre vie ou de votre pensée sur le Vietnam! Bon sang! Personne n'a-t-il donc plus conscience que le monde ne tourne pas autour de sa misérable personne insignifiante?

Samedi matin: Conférence "Le corps dans la Grèce antique" avec, entre autres, Pierre Brûlé (fidèle à sa réputation de lapin jovial et polisson) qui nous a parlés du poil en Grèce antique et Francis Prost qui a parlé de la représentation du corps dans la statuaire grecque et a essayé de jeter les bases d'une typologie, mais n'ayant plus que 5-10 min. c'était forcément limité. Trois autres interventions: "les parfums et la femme" (pas mal), "les mauvaises odeurs" (bien) et la physiognomie (très intéressant).

Samedi après-midi: Conférence/ débat "Enseigner l'Histoire de la Shoah. Reflexions. Problématiques. Pistes pédagogiques." La première intervenante était Hélène Waysbord-Loing, présidente du musée de la maison d'Izieu, à côté de Lyon (où 43 enfants juifs ont été raflés en 43 par Barbie), inspectrice générale honoraire de l'Education nationale et auteur, récemment, du rapport demandé par Sarkozy sur la Shoah à l'école.

Hé bien, à écouter son intervention, je dois avouer que je suis très inquiet sur la teneur de son rapport. Son intervention commençait bien: "en quoi c'est un enseignement problématique, etc." et puis, elle explique que la distance que les élèves ressentent par rapport à la période est le plus gros problème. Déjà, je tique un peu. Puis, elle nous explique qu'il faut à tout prix combler ce gouffre en permettant aux élèves de s'identifier. Je re-tique. Et elle continue en nous disant qu'étudier des destins individuels, par exemple, c'est très bien, ou en allant sur les lieux, comme par exemple à la maison d'Izieu. Mais la panacée, selon elle, c'est le témoin qui a survécu et qui témoigne devant les élèves. "Lorsqu'il montre son n°, les élèves voient bien que cela est arrivé à quelqu'un qui peut dire: j'ai vécu ça." Elle cite un autre exemple: "lorsqu'un témoin au procès d'Eichmann a brandi des petits souliers, tout était dit, plus besoin de discours et d'explication." Moi j'entends ça, je commence à me retourner vers les autres venus assister. Tout le monde reste de marbre.

Puis vient le tour du second intervenant: prof agregé de lettres, formateur à l'IUFM de Versailles, ayant édité la version abrégé du journal d'Hélène Baer. Et il nous explique qu'on peut travailler avec parce que ça permet aux élèves de s'identifier à cette jeune femme qui était amoureuse, qui avait des projets, qui était heureuse, blah, blah, blah et "L'Armée du crime" c'est un bon film malgré ses défauts parce qu'on voit que les personnages étaient joyeux et humains et vivants, blah, blah, blah. Je commence à m'énerver.

Enfin, vient le tour du prof d'Histoire, prof en collège en Seine-St-Denis, responsable des formations au Mémorial de la Shoah. "Bon, alors, je vais être un peu en contradiction avec mes collègues: je n'aime pas la pédagogie de l'horreur. L'émotion, pour la Shoah, les images, d'accord, mais on sait que l'émotion empêche de penser et nous en tant que profs d'Histoire on doit contextualiser les témoignages, les présenter pour ce qu'ils sont." Un peu plus tard: "le témoignage du rescapé d'Auschwitz, pourquoi pas, mais il faut bien expliquer aux élèves que ce n'est pas un témoin de la Shoah, car les rescapés d'Auschwitz, ils étaient dans un camp, mais pas dans un centre de mise à mort comme Sobibor ou Treblinka." Là, indignation de l'inspectrice générale honoraire de l'éducation. "Si, si, je suis désolé," continue le prof, "mais en France on a une vision déformée de la Shoah du fait que les juifs français ont été déporté vers Auschwitz. S'ils avaient été à Sobibor, Treblinka, Chelmno ou Maidanek, on aurait zéro témoin."

Heureusement qu'il était là lui. Cela m'a d'ailleurs fait penser à la formation que F. avait suivi sur le même thème. Je suis parti ensuite: je ne voulais pas assister au moment des questions.

Juste après: conférence de Philippe Chassaigne (entre autres) sur la question de contemporaine à l'agrégation dont je vous épargne un compte-rendu.

Juste après encore: café littéraire "Du bûcher au génocide" (très mal intitulé à mon avis, la Grande Terreur n'étant pas un génocide) avec Nathan Wachtel qui a publié un livre sur l'inquisition et dont le propos est, en gros, que l'inquisition est l'instrument de l'Eglise pour exercer une emprise totalitaire en mettant en place une terreur physique et psychique. Nicolas Werth était là pour échanger et évoquer son livre, L'Ivrogne et la marchande de fleurs, qui fait le point sur la Grande Terreur de 1937-38 en URSS. Rien de bien nouveau n'en est sorti, mais c'est intéressant, cette idée d'inquisition comme moyen de terreur de l'Eglise.

Samedi soir: resto grec avec menu "antique."

Samedi soir: "Sobibor. 14 octobre 1943. 16 heures." de Claude Lanzmann présenté par Lanzmann en personne. Sa présentation était méticuleuse. Il parlait lentement, alors ça agaçait certains dans la salle. Idem: critique dans le fil pertinent.

Dimanche matin: conférence "Le post-humain est-il l'avenir de l'homme?" avec un philosophe et un journaliste scientifique. Super intéressante. La meilleure du week-end. Cela faisait écho à nos discussions et notamment à la conclusion à laquelle Bruno et moi étions arrivés: il est temps de réinventer un nouvel humanisme fissa parce que les post ou transhumanistes qu'ils soient machinistes ou neo-darwiniens sont en train de le faire à notre place et c'est pas très beau. Compte-rendu détaillé plus tard quand j'aurais le temps: j'ai pris des notes.

Juste après: Conférence d'Alain Corbin "L'harmonie des plaisirs" dans laquelle il a posé des bases pour faire une histoire du toucher qui pour le moment a été ignoré. Bon, il a fait des bons mots de cul, ça a fait rire, mais c'était pas très profond (sans vouloir en rajouter).


Critique cinéma: La Belle Personne
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Là encore, c'est pas récent, mais c'est en référence à "Non, ma fille, tu n'iras pas danser" et parce que j'avais beaucoup aimé.




"La Belle personne": J'aime aussi. Autant j'avais pas trop aimé "Les Chansons d'amour," autant j'aime bien "La Belle personne." Les acteurs en rajoutent des caisses, mais ça passe; la réalisation souligne les tourments, s'attarde sur les chagrins, la solitude, les sentiments, mais je prends malgré quelques scènes avec lesquelles j'ai du mal (le blondinet qui chante par exemple). On se demandait aussi avec H. si le fait qu'un prof (Louis Garrel) se tapait ses élèves ne choquant pas plus que ça ses collègues et les autres élèves était normal. Mais l'ensemble est cohérent. C'est très littéraire et, du coup, je pense, pas très réaliste (en même temps je connais pas trop l'univers des lycées parisiens même si ça m'a évoqué des souvenirs de lycée justement: le coup du juke-box déguinglé). La force tient dans les personnages qui sont donc pas forcément crédibles mais très profonds, très intenses. Les acteurs sont très beaux, très jeunes, très chouettes. Ils respirent la vitalité. Et puis voilà: c'est une adaptation de la Princesse de Clèves, donc ce sont des sentiments tourmentés, des passions maladives, des idéaux amoureux sublimés et bafoués, le tout en les mettant en phase avec des ados tout aussi tourmentés et ça donne un bon drame mais qui sait être léger et surtout, surtout s'il est sans doute prétentieux et pompeux, il le fait intelligemment, donc, on regarde avec plaisir.

Et tout ça pour dire à Sarko qu'étudier La Princesse de Clèves c'est bien même pour les fonctionnaires de la CAF.

(Ecrit le 14 septembre 2008, édité aujourd'hui.)


Critique cinéma: Apocalypto
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Je sais, je sais, c'est vieux comme Hérode, mais alors que l'exposition sur Teotihuacan au quai Branly s'annonce comme L'évènement culturel de cet hiver, je me disais que ça serait bien d'en reparler. Donc, voici ma critique en date du 14 février 2008:

Mardi soir, "Apocalypto" sur C+: ben c'est pas si mal que ça. Je m'attendais à un truc totalement indigeste parce que super violent (interdit aux - de 16 ans quand même) et en fait c'est pas aussi violent que je le craignais et d'ailleurs je comprends pas cette interdiction: "Braveheart" l'est tout autant (notamment la scène de torture de fin) sans parler de la "Passion du Christ." Ici, Gibson semble moins complaisant avec la souffrance, il ne montre pas la fascination morbide présente dans les deux autres films (et notamment dans la Passion).

Sur la réalisation: très belle photo et réalisation efficace avec deux-trois scènes très jolies (scène de la cascade, scène de la plage). Par contre, il y a parfois des images léchées et floues en même temps (à la Michael Mann dans "Miami Vice" ou dans "Collateral") qui sont incongrues.

Sur le fond: alors ce n'est ni un film d'amour (J., allons...) ni un survival. C'est un film sur la décadence et la chute d'une société. En gros, le message ultra réac (ben oui c'est Gibson l'antisémite derrière la caméra hein) est le suivant: lorsque les Amérindiens (les Mayas dans le film) étaient des chasseurs cueilleurs dans la jungle et se mettaient de la poudre rouge sur les roubignolles (super potaches les Mayas) ils étaient des "bons sauvages", noeuds-noeuds mais innocents et purs comme leurs sentiments mais lorsque les Amérindiens ont développé une société industrielle (les Aztèques dans le film) ils sont devenus corrompus et le seul lien qu'ils gardaient avec leurs origines était le sacrifice humain.

Ce film est centré sur le sacrifice humain comme illustration de la décadence de la société industrielle aztèque. D'ailleurs, si dans toute la première partie du film ce sont les Aztèques qui sacrifient les Mayas, dans la seconde partie, par un jeu de renversement, c'est le Maya qui sacrifie les Aztèques qui l'ont suivi dans sa jungle. (Ainsi lui aussi devient corrompu même s'il choisit de retourner dans la jungle pour "repartir de rien" on sait que c'est fichu: le ver est dans le fruit!)

A ce propos: le film est hyper partisan. Après l'avoir vu, j'ai lu le n° de l'Histoire consacré aux sacrifices humains chez les Amérindiens. La guerre au début du film entre Aztèques et Mayas: il faut savoir que ce n'étaient en aucun cas des guerres d'anéantissement (images du village en feu, des femmes massacrées, des enfants laissés à l'abandon, etc.) mais des guerres ritualisées et extrêmement codifiées appelées "guerres fleuries" dont le but était de capturer des prisonniers hommes notamment par la queue de cheval qu'ils se laissaient pousser à cette fin _dans les deux camps_! De plus, les Aztèques se faisaient la guerre entre eux.

Les scènes d'exposition de la société industrielle donc corrompue: les nains difformes, les femmes aux plaisirs blasés couvertes de jade (le jade était une pierre sacré qui rappelait les sacrifices) sont trop vulgaires. Même si c'est intéressant: juste avant la conquête espagnole, le bassin de Mexico-Tenochtitlan à la mer comptait 3 millions de personne et 3 autres millions de l'autre côté de la chaîne des volcans - une vraie mégalopole pré-colombienne avec tous les problèmes engendrés par cette concentration humaine. D'ailleurs, comment se peut-il qu'après avoir traversé pendant 15 min de film les étendues urbanisées de cette "ville" le héros puisse s'échapper dans une jungle au bord de la pyramide centrale de la capitale?

Le sacrifice humain proprement dit: il est plus ou moins fidèle à ce qu'on en sait, même si le corps était décapité après avoir été balancé du haut de la pyramide. Puis il était dépecé et mangé rituellement, la cuisse gauche, la part divine, étant réservée au roi. Mais cela, Gibson l'oublie (volontairement?).

Le plus grand intérêt du film est son thème central: la déchéance d'une société (H. m'a dit que j'ai loupé une maxime au début du film: "les sociétés qui tombent de l'extérieur sont d'abord fragiles de l'intérieur" ou quelque chose de cet acabit). La prophétie de la petite fille avec le Jaguar Noir (hé, hé, hé, que de souvenirs de cette terrible campagne de JDR à Werewolf sur la fin du peuple maya et la prophétie de Jaguar Noir) et la scène finale sont les meilleurs moments du film car ce sont les seuls à lui donner de l'épaisseur.



Critique cinéma: Non, ma fille, tu n'iras pas danser
[info]mattboggan



Du même réalisateur, Christophe Honoré, j'avais préféré "La Belle personne" qui était marqué par une grâce intemporelle tellement lycéenne que j'avais immédiatement été séduit. Par contre, ce dernier film est pour moi supérieur aux "Chansons d'amour" de par l'absence de Ludivine Sagnier, entre autres.

C'est un film sur la famille et sur l'incapacité pour notre génération de 30-40 ans d'en bâtir une sur le modèle de celui de nos parents. C'est un film sur deux soeurs et un frère, leurs relations de couple, leur vie entre la Bretagne de la maison familiale des parents et leurs appartements parisiens: Chiara Mastroianni a récemment quitté son mari américain (Jean-Marc Barr barbu) en douce et a plaqué son métier d'anesthésiste pour se consacrer à ses deux enfants, Anton, 12 ans environ, et sa petite fille de 7-8 ans dont je ne me souviens plus du prénom. A l'occasion d'une visite dans la maison de ses parents en Bretagne, elle s'aperçoit que sa mère lui a tendu un piège en invitant son mari et en demandant à sa soeur de lui trouver un entretien pour un boulot...

C'est le prototype de film petit-bourgeois parisien de bobos qui sont malheureux alors qu'ils ont tout pour être heureux. C'est le genre de film qui me gonflerait (le dernier en date tenté par H. "Les Actrices" ou un truc du genre de et avec Bruni-Tedeschi était insupportable) sauf que, dans le cas présent, Christophe Honoré arrive à rendre son film intéressant et ce de trois manières:

1) Les personnages et les acteurs qui les incarnent: ce sont des personnages authentiques, souvent vrais, bien interprétés. Point très, très positif pour le film: les enfants de Chiara Mastroianni, sont bien, c'est-à-dire intéressants, avec cette arrogance des adolescents qui pensent avoir tout compris surtout dans les milieux friqués pour le garçon mais sans être insupportable, et avec ce côté spontané et super bien vu de la fille ("les cathares, ils étaient purs et innocents et c'est pour ça que tout le monde voulait les tuer parce qu'ils mettaient la honte à tout le monde" dont on sent bien que c'est issu du grand frère qui lit tout le temps et qui fait référence à l'Histoire). Le personnage de Mastroianni est effectivement le pivot du film: cette divorcée a quitté son mari mais on se demande vraiment comment tant elle est incapable de se décider pour quoi que ce soit, vu que son problème est qu'elle refuse de décider.

2) Les histoires de famille sont prenantes. Leurs rapports sont passionnants à suivre tant ils sont marqués par une violence qu'ils semblent accepter. Par contre, cet aspect, tout en étant une force, représente pour moi une difficulté à adhérer totalement au film: je ne vois pas comment Marina Foïs, qui joue la soeur cadette, peut dire à son aînée, Chiara Mastroianni, qu'elle se fait tyranniser par ses enfants au petit déj', voir la seconde lui rétorquer qu'elle est mal placée pour la juger et qu'elle se croit toujours si supérieure et qu'ensuite on continue sans problème. D'après moi et mon humble expérience limitée, on ne peut sortir aux gens leurs quatre vérités, quand bien même et surtout s'ils sont de votre famille, lorsque ces dernières sont blessantes, et que tout roule, pas de problème, on ne s'en veut pas. D'accord avec H.: le personnage de Garrel est là pour montrer que Chiari Mastroianni, divorcée, deux enfants à charge, ne sait pas ce qu'elle veut et n'est pas capable de se décider à entamer une nouvelle relation (d'où les deux échecs, voire trois si on compte celle hors-cadre temporel du film, de Garrel pour coucher avec).

3) Le conte: clé de lecture du film, joliment filmé, le conte breton, raconté par le fils à sa mère au milieu du film nous permet de tout comprendre, ainsi que le personnage de Garrel lorsqu'il dit "vivre, c'est savoir à quoi on est prêt à renoncer." Or, Chiara Mastroianni ne veut renoncer à rien et donc ne veut rien ou tout et son contraire: elle veut coucher avec Garrel puis finalement veut retourner avec Barr; elle veut la garde de ses enfants, mais ses enfants la gonflent; elle veut être leur mère, mais en fait ce sont ses enfants (notamment le fils) qui lui disent ce qu'elle doit faire; elle ne parle plus à sa soeur, sa soeur est sa meilleure amie. Le conte breton nous fait comprendre que cette fille qui refusait de se marier tant qu'elle n'aurait pas rencontrer quelqu'un qui pourrait la faire danser toute la nuit est évidemment Chiara Mastronianni. D'autant que tous les autres personnages autour d'elle n'arrêtent pas de proclamer haut et fort par leurs paroles, leurs actions, leur manière d'être qu'eux ont fait des choix, qu'ils ne les regrettent pas, que c'étaient les bons choix alors qu'évidemment ces choix n'étaient ni bons ni mauvais, n'étaient même pas de vrais choix, mais qu'ils s'en persuadent sans quoi ils déprimeraient aussi. La comparaison entre les deux soeurs est édifiante: Mastronianni pourrait passer pour la meilleure mère car plus attentive tandis que Foïs fume comme un sapeur alors qu'elle est enceinte, ne s'occupe pas de ses enfants ou en tout cas ne s'inquiète pas pour eux... et c'est Mastroianni qui pète un plomb, qui se trouve incapable de s'en occuper sans son mari et qui finalement par refus de renoncer à quoi que ce soit renonce à ses enfants.

Bilan: un film intéressant malgré de lourds handicaps, ce qui montre que Honoré sait y faire.

Critique cinéma: Un Prophète
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C'est l'histoire de Malik (charismatique et beau Tahar Rahim), jeune délinquant rebeu -- mais qui n'y entend rien à ce que signifie être arabe -- qui se retrouve en prison pour agression sur un flic et qui, au contact des piliers du grand banditisme, corse ou arabe, va se transformer de petit malfrat en chef de bande, imitant puis supplantant Lucciani, le parrain corse (décadent et cynique Niels Arestrup, comme à son habitude).




Cette histoire a déjà été faite 100 fois au cinéma. Et c'est vrai qu'on pourrait reprocher à Audiard de faire du copié/ collé. Reproche, au demeurant, qui n'est pas sans fondement et qui compte pour une partie des faiblesses de ce film. Ainsi, certaines scènes évoquent les films et les séries américains qu'on a tous déjà vus, parfois de manière un peu lourde comme lorsque Niels Arestrup, pourtant bon dans moultes autres scènes (notamment celles de décadence du grand parrain du crime), joue les De Niro dans une scène semi-onirique au statut d'ailleurs incertain. Pis: la scène où le fantôme "crache" sa fumée par son cou égorgé semble tout droit sortie de Sin City.

Il n'empêche: Un Prophète est, selon moi, un bon film et ce pour plusieurs raisons.

Le manque d'originalité de l'argument du film -- petit taulard deviendra grand -- est racheté par le fait même que le film s'intéresse à deux types de criminels jusqu'alors totalement absents des films français: les Corses (quel film autre que l'Affaire corse, sic, en a parlé?) et les Arabes. D'ailleurs, en ce qui concerne les rapports entre ces deux communautés (et c'est bien ce qu'elles sont, au moins en prison), Audiard ne prend pas de gants et montrent les réflexes identitaires qui jouent parfois même malgré les intéressés. Ainsi, Malik, au départ, est identifié par les gardiens de prison comme par les autres taulards comme un "barbu"... jusqu'à ce qu'il devienne "l'Arabe des Corses."

De plus, Audiard sait filmer et prend son temps pour nous montrer comment un type qui à priori ne *pouvait pas* devenir l'homme de main du parrain corse et pour nous montrer comment, depuis la prison, Malik tisse, met en place, combine son réseau de trafic de shit, pas après pas, contact après contact. C'est d'ailleurs un autre poncif, mais qui est ici montré avec beaucoup de force, évoqué par le film: c'est en prison que les criminels deviennent de meilleurs criminels, qu'ils organisent leurs affaires depuis leur cellule, que c'est presque une aubaine pour eux d'être en prison.

Enfin, l'aspect onirique du film -- surnaturel dirons certains -- mais plutôt psychologique (pour les scènes de dialogue de Malik avec sa première victime pour le compte du parrain corse) et mythologique (comment ce petit voyou qui deviendra caïd va en même temps acquérir une aura plus grande que lui-même, une aura à proprement parler mythologique, surnaturelle, ainsi que le milieu aime à en parer ses figures de proue) est une vraie force et un atout indiscutable, la plus grande originalité du film. Malik ("ange" en arabe) est en effet une figure à la fois christique ou caïnique (le baptême du sang lors du premier meurtre contre un autre Arabe, les "40 jours et 40 nuits" dans le désert du mitard pendant que les Corses s'entretuent) et mahométane (il devient "un prophète" en prédisant l'apparition de biches suite à un rêve, il se lance à corps perdu dans une tentative quasi suicidaire pour tuer des cibles et y survit).

Ce qui est intéressant dans ce film, c'est le fait que ces aspects religieux, s'ils sont prégnants, dépassent complétement l'entendement de Malik lui-même qui n'y comprend rien et pour qui la religion est totalement étranger à son monde -- si ce n'est pour ses affaires: en versant de l'argent à l'imam de la mosquée du coin, il peut attirer l'attention du chef des "barbus" de la prison. Cela permet à Audiard d'éviter trop de lourdeur dans son propos. Il en va de même pour la relation père/ fils entre Malik et Lucciani, pour le passage de petit branleur à gros trafiquant de Malik: Audiard sait procéder par petite touches successives, presque répétitives, mais qui éclairent à chaque occurrence sur l'évolution du personnage, non pas psychologique -- car Malik n'évolue pas, ne trouve nulle rédemption, nulle humanité plus grande, au contraire, il empire de ce point de vue -- mais statutaire.

Néanmoins, le film, s'il trouve cet équilibre entre histoire d'initiation, projection d'une réalité sociale et conte mythologico-onirique, pêche sans doute par son manque de point de vue. Car, au final, une fois le film achevé, on se demande: bon, ok, et après? Qu'a-t-on voulu nous dire? Du coup, je me suis demandé si toute oeuvre de cinéma devait dire quelque chose et, à priori, lorsqu'on intitule son film "Un Prophète" c'est qu'on a quelque chose à dire. Vendu comme un film quasi sociologique sur l'univers carcéral, ce film n'est pourtant pas cela. Pour moi, c'est un conte qui nous montre comment un simple taulard rebeu un peu con con devient parrain du crime organisé paré d'une aura quasi-mystique. En fait, ce qu'on a sous les yeux, c'est l'histoire de "comment Malik est devenu Malik le Prophète" raconté après donc en incluant la mythologie, le regard surnaturel de celui qui nous le raconte. Evidemment, tout ceci n'est pas dit ainsi dans le film, mais voilà comment j'interprète (je surinterprète pour H.) ce qui pourrait passer pour des atermoiements d'Audiard.

Sur le plan de réalisation pure, Audiard nous embarque dès le début avec son héros et ne nous lâche plus. La première scène de meurtre, au bout de 30-40 minutes, est d'une violence inouïe et sale (le baptême du sang, donc) et représente le paroxysme du film qui retombe ensuite pendant les deux heures suivantes. H. l'a trouvé ennuyeux et trop long, je l'ai trouvé équilibré et bien vu, procédant par petites touches successives et éclairantes.

Alors, bilan? Un bon film, pas totalement abouti mais qui a l'immense mérite de savoir innover tout en suivant (tombant dans?) un certain nombre de topos du film carcéral/ de gangsters. Quelques répliques ou scènes un peu lourdes, largement compensées par des scènes oniriques parfois très bonnes. Mais le film aurait gagné, sans doute, à avoir un point de vue plus marqué: est-ce que Audiard ne savait pas où il allait ou est-ce qu'il est tellement subtil qu'il laisse au spectateur le soin de le comprendre? La réponse d'H. ne fait pas de doute, la mienne est encore dans cette ambivalence.

Quoi qu'il en soit, un film dans lequel on entend Sigur Ros ne peut pas être totalement mauvais...
 

Critique cinéma: Inglorious Basterds
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C'est un western avec des nazis et des juifs, des GIs et des civils français à la fois dans la réalisation comme dans la musique. C'est un hommage au cinéma, notamment au cinéma français *et* allemand des années 40. C'est un hommage aux films de genre. C'est enfin et surtout un hymne à la gloire et à la saveur des langues, de leur musique, de leur complémentarité, de leur manière de voir et de penser.




C'est le dernier Tarentino, Inglorious Basterds et c'est un très bon film.

Je ne suis pas un grand fan de Tarentino: j'avais beaucoup aimé Pulp Fiction, par lequel j'avais commencé (au cinéma au lycée) continuant par Reservoir Dogs. Jackie Brown m'avait ennuyé et j'avais été totalement hermétique à Kill Bill n'ayant pas réussi à aller au bout du premier, le trouvant trop appuyé, trop "je suis ridicule mais je suis conscient de l'être donc je ne le suis pas" (une sorte de film post-moderne de genre...). Quant à Boulevard de la mort, pas vu, pas pris.

Et pourtant, là, c'est excellent.

Le film s'ouvre sur une scène d'anthologie: dans une petite ferme quelque part au fin fond de la France de 1941, des SS débarquent dans la vie paisible d'une famille pour y débusquer du juif qui se cache. Et tous les codes y sont: la femme étend le linge, la vue est cachée par le paysage, la musique part (nul hasard si la plupart des musiques du film sont celles d'Ennio Morricone), et elle comprend et nous aussi qu'il se passe quelque chose: elle écarte le drap blanc. On voit les motos et le camion des SS qui arrivent au loin sur le chemin menant à la ferme en même temps que retentit des percussions qui appuient l'effet. Du pur western! Pur western également le dialogue entre le colonel et le fermier; pur western les yeux sous le plancher, la mitraillade du plancher avec le plan par au-dessus et le ralentis sur les copeaux de bois qui volent dans l'air saturé de la pièce unique de la ferme. Tout y est: on se croirait dans l'ouverture du Bon, la brute et le truand ou celle d'Il était une fois dans l'Ouest. Idem la scène dans le rade paumé dans une cave avec la tuerie qui éclate soudainement (et en même temps qu'on attend dès le début).

Quelques scènes fonctionnent moins bien: ainsi le début de la scène du déjeuner dans laquelle les acteurs semblent engoncés dans leur costume et leur rôle sans les remplir ni les habiter totalement. Mais cela reste bien rare.

Et la langue! Tarentino s'amuse avec la langue, les acteurs aussi. Elle est roulée, roucoulée, amadouée, torturée, parodiée, imitée: elle est omniprésente (et du coup comment des distributeurs peuvent-ils proposer ce film en VF?). Brad Pitt a un accent des Appalaches qui sent le moonshine de contrebande; les Anglais qui parlent allemand, le colonel allemand qui parle allemand, anglais, italien, français, Brad Pitt qui parle italien avec son accent à couper au couteau de bâtard... C'en est jouissif, purement et simplement.

L'intrigue est suffisamment correcte pour qu'on suive, mais en fait on s'en fout, car ce que Tarentino fait c'est nous raconter une histoire invraisembable (ainsi les écrans qui nous annoncent les chapitres) et il nous la raconte en version multi-langues et multi-points de vue.

Le plus fort c'est qu'il arrive à glisser deux-trois réflexions, qui ne sont ni lourdes ni lénifiantes, sur ce qu'était l'occupation (et notamment sur les rapports de domination entre les occupants et les occupés) comme par exemple lors d'un dessert entre le colonel SS et la Française Soshanna/ Claire qui ne peut choisir son dessert ni commencer avant de recevoir l'aval du colonel qui a tellement l'habitude de commander qu'il ne se rend pas compte de ce qu'il impose ou lorsque le soldat allemand courtisan joué par Daniel Brühl se mue en dominateur. Il glisse également quelques réflexions sur le cinéma comme outil politique (à travers l'évocation du (vrai ou faux?) film de Goebbels "Fierté de la nation"). Enfin, il offre une galerie de personnages tantôt joyeusement caricaturaux (les batârds) tantôt fins et bien vus (la juive française jouée par Mélanie Laurent est à la fois subtile et crédible en femme de tête, le soldat allemand aux bonnes intentions mais dominateur). Et effectivement, Christoph Waltz en colonel SS polyglotte, cruel et raffiné, offre un numéro d'acteur réjouissant face à un Brad Pitt très, très bon en peigne-cul des montagnes bleues (qu'il fait excellemment).

Alors si Tarentino a la carte, pour ce film, je la prends.

Vertige métaphysique: Il n'y a pas de mort!
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Cela fait des années que ces pensées m'obsèdent, me hantent, me terrorisent. Je lis, frénétiquement, dans le secret espoir de trouver quelque réponse, quelque piste qui me permettrait d'apaiser ma souffrance.

Récemment, John Crowley, dans un billet sur son blog, avait déjà émis des pensées qui m'avaient frappé par la résonance qu'elles provoquaient en moi.

Et voilà à présent, dans un essai, qu'il définit tout cela, qu'il le théorise, qu'il allie Giordano Bruno avec le LHC et la crise financière pour me dire:
"Il n'y a pas de mort."


Et c'est tout simplement merveilleux.

Critique ciné: District 9
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LE film qui fait le buzz en ce moment: produit par Peter Jackson, réalisé par Neil Blomkamp, un Sud-Africain venu de la pub, parlant d'aliens et d'humains en empruntant, nous disent les critiques, à Cloverfield. Résultat: le film est en tête du box-office américain. Alors qu'en est-il?




Et bien c'est pas mal du tout.

Il y a 20 ans, un vaisseau alien est apparu au-dessus de Johannesburg. Rapidement, les humains l'ont exploré et y ont trouvé des aliens qui ressemblent à un mélange entre des crevettes (d'où leur surnom péjoratif de "prawns") et des homards de 2,50 m dotés d'une grande force physique et d'une rapidité exceptionnelle. Ils paraissaient malades. 20 ans plus tard, les "crevettes" sont parquées dans un township, le District 9, et détestées par la population (blanche comme noire) qui en a peur. MNU, une société privée mais qui entretient des liens flous avec le gouvernement, gère le District 9 -- en réalité, le laissant à la merci de la mafia nigérienne qui exploite les crevettes -- cherchant sans succès à utiliser les armes aliens trouvées dans le vaisseau et confisquées. Pendant ce temps, les crevettes vivent dans des conditions misérables, doivent acheter leur nourriture (du pâté pour chats dont ils sont dingues ou de la viande crue). Le film commence en suivant le personnage principal Markus, un cadre de MNU, marié à une belle blonde, qui vient d'être promu par son beau-père, dirigeant de MNU, pour mener à bien le transfert des crevettes de District 9 à un nouveau camp de concentra... euh de réfugiés, loin de la ville. Markus est le prototype de l'exécutant qui ne se pose pas de questions et qui fait son boulot consciencieusement (atroce scène, révélatrice, où il ordonne de brûler une baraque qui sert de "nid" à des oeufs d'aliens).

Tout ceci nous est montré sous forme d'interviews avec différents spécialistes (sociologues, physiciens, etc.), d'images d'archives de journaux télévisés ou de reportage au sein de MNU (toute la descente dans le District 9 pour faire signer les crevettes les documents pseudo-légaux qui autorisent MNU à les exproprier, modèle d'hypocrisie, prend la forme d'un reportage interne -- destiné à des fins de propagande?).

Au cours de la descente, Markus trouve un étrange artefact alien chez une crevette visiblement plus intelligente que les autres. Un liquide noir l'éclabousse. Rapidement, il se rend compte qu'il se transforme en crevette lui-même... ainsi que les scientifiques chez MNU qui aussitôt mènent de terribles expériences dignes de Mengélé sur lui (terribles images du laboratoire secret où ont lieu les expériences sur les crevettes).

Markus parvient à s'échapper. Commence alors une course-poursuite haletante pendant laquelle Markus se voit trahi et rejeté par les siens, pourchassé par les agents de MNU, et se réfugie dans le District 9.

Nerveux, haletant, le film emprunte à Aliens, Cloverfield, effectivement, à Solaris pour la musique (écoutez celle de la bande-annonce), mais se rapproche le plus, à mon sens, des Fils de l'Homme. En effet, comme ce dernier, à travers cette histoire d'anticipation (et non de science-fiction, car à part le vaisseau alien, l'ensemble du film est clairement ancré dans une réalité et un temps très proches des nôtres), District 9 est une évocation des travers de notre époque. Le District 9 est une référence évidente à l'apartheid mais toute la longue scène d'expulsion fait furieusement penser au ghetto de Varsovie (et à la scène dans la Liste de Schindler). D'ailleurs, tout le film évoque la Shoah: le chef des agents de MNU se réjouit de tuer des crevettes ("et dire que je suis payé pour ça!" rigole-t-il), les crevettes sont les sujets d'expériences biologiques secrètes, Markus, à partir du moment où il se transforme, n'est plus considéré comme un humain (à l'instar d'un SS au sujet duquel les autres SS découvriraient que son grand-père était juif), les crevettes sont montrées par les images comme une race à demi-sauvage qui se battent pour de la viande crue et du pâté pour chat, qui sont violents et qui, visiblement, au bout de 20 ans, sont toujours incapables de repartir à bord de leur vaisseau.

Les choix de réalisation (le film est en fait une sorte de documentaire fiction mélangeant images d'archives, interviews des proches, d'experts et scènes reconstituées) soulignent l'anxiété, la déshumanisation de la société, l'immédiateté des problèmes évoqués; ils ancrent, en d'autres termes, cette histoire d'anticipation dans notre époque.

Heureusement, le film évite l'écueil qui le guettait de la lourdeur du propos en évoquant des thèmes aussi délicats en restant focalisé sur l'histoire de Markus, histoire classique de rédemption, mais qui fonctionne. 

La seule faiblesse -- notamment si on compare le film aux Fils de l'Homme -- se trouve sans doute dans les personnages. En effet, la plupart sont non pas caricaturaux mais stéréotypés: Markus est le cadre qui n'a jamais réfléchi et ouvre le yeux, son beau-père est le méchant corporate baron sans scrupule, sa femme est la gentille femme naïve manipulée par son père mais toujours aimante, le chef des agents est le salaud sans humanité, etc. Dans les Fils de l'Homme, les conflits naissaient des intérêts divergents, mais toujours justifiés des personnages et même le plus beauf des flics fachos aidait les personnages à entrer dans le camp des réfugiés.

Le film se termine de manière épique et conclue la rédemption du personnage de belle manière, quasi poétique, laissant même augurer d'une suite possible.

A l'origine, District 9 est un court métrage que voici:





Critique série: Fringe saison 1
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A l'heure où commence la saison 2 aux USA, bilan de la saison 1:

J. J. Abrams, le créateur notoire de Lost, nous livre une série dont, pour le citer, l'ambition est de faire du X-Files du XXIe siècle.




L'argument de la série est donc le suivant: Olivia Dunham, agent du FBI, est confrontée à des évènements inexpliqués lorsque son ancien coéquipier et amant meure dans d'étranges circonstances liées à de mystérieuses expériences. Elle piste la trace du responsable de ses expériences: une société de technologies de pointe, Massive Dynamic. Son légendaire et très discret fondateur, William Bell, a étudié dans son jeune âge avec un certain Walter Bishop. Dunham retrouve Bishop dans un asile de fous. Elle demande donc de l'aide au fils de Bishop, Peter (Joshua Jackson, vu dans Dawson), afin de faire sortir son père puis de le "gérer." Ensemble, cette fine équipe va donc résoudre les phénomènes paranormaux qui pullulent tandis que le chef de Dunham au FBI, Broyles (Lance Riddick, vu dans The Wire), la mute dans une section spéciale chargée d'enquêter sur ces phénomènes.

Tout cela pourrait paraître alléchant au diable -- et d'ailleurs je fus moi-même par l'odeur alléché. Abrams cherche clairement à recruter les fans de X-Files et sa série réussit sur quelques points, notamment des moyens collossaux qui permettent d'obtenir des effets spéciaux en général super bien fichus (à quelques exceptions près plutôt horribles). La réalisation, si elle est ultra voire trop efficace, arrive à aligner quelques très belles scènes (ouverture de l'épisode sur les papillons notamment). De plus, certaines idées développées sont intéressantes: l'idée d'une trame, d'un motif ("the pattern") qui se dessine avec l'ensemble des phénomènes paranormaux qui se multiplient de manière exponentielle comme si quelque chose ou quelqu'un en était responsable...

Les points faibles, hélas, sont nombreux: écriture à l'emporte pièce qui décrédibilise les personnages (on s'étonne d'ailleurs de les voir jouer avec aplomb des scènes qui frisent le ridicule) et qui sent le "on sait pas où on va mais on y va" à plein nez (l'avenir nous le dira), personnages principaux pas crédibles (Dunham: j'en ai marre de voir des flicettes blondes aux cheveux longs, grandes, smart, sexy qui savent tout faire et qui sont hyper douées en tout, ça me gonfle), lourdingues (comment rendre la folie du Dr Bishop? lui faire dire des trucs style "je bande" ou "je fais caca" -- ouah, trop classe l'écriture) ou insignifiant (Peter Bishop, le fils, qui sert de potiche) voire un combo des trois défauts (Peter Bishop encore qui devient totalement pas crédible lorsqu'il nous dit qu'il a des contacts partout pour pouvoir tout faire, tout retrouver... mieux que le FBI...: "mon pote libraire qui a le bouquin imprimé en trois exemplaires il y a 15 ans et introuvable" ou "mon pote garagiste par qui *toutes* les voitures volées à Boston transitent" ou "mon pote informaticien qui connait mieux les virus que personne", etc, etc, n'en jetez plus).

Cette double faiblesse (qui n'en est qu'une au fond: l'écriture) met en valeur les rôles secondaires: le chef du FBI est chouette (c'est le capitaine devenu colonel black de The Wire) malgré quelques scènes gonflantes où il doit mettre en valeur Dunham en jouant les pères protecteurs et le partenaire de Dunham, Charlie, est très chouette aussi avec sa voix rocailleuse de vieux baroudeur à qui on la fait pas mais qui a du mal à suivre avec tout ce qui se passe. J'ai souvent dit que j'aurai voulu voir les persos principaux dégager pour que ce soient ces deux-là le tandem moteur de la série.

Autre problème (toujours dans l'écriture): beaucoup d'épisodes nous présentent des phénomènes paranormaux comme étant le résultat d'expériences menées à partir des études de Bell/ Bishop il y a 30 ans. Car, forcément, ce duo avait touché et obtenu des résultats prompts à remettre les lois de la (méta)physique dans tous les domaines: téléportation, télékinésie, projection astrale, recomposition atomique... Là encore, pas crédible. Il aurait mieux valu que Bishop soit associé à Bell, certes, que son amnésie permette de ne pas savoir qui est vraiment Bell, ok, mais qu'il se soit concentré sur un ou deux aspects. Mais les scénaristes l'utilisent à fond pour plein d'épisodes: il se "rappelle" avoir mener telle ou telle expérience qui est, forcément, bien sûr, comme de par hasard, en rapport avec l'intrigue, et hop! l'aspect scientifique est résolu! Parce que, en fait, les scénaristes sont incapables d'écrire des scènes montrant une enquête scientifique ou une recherche.

Enfin, le côté X-Files du XXIe siècle est en fait assez simple: au lieu des petits bonhomme verts, c'est X-Files au temps de la théorie des cordes. Ceci pourrait être intéressant, mais cet aspect a été balancé dans le tout denier épisode, ce qui confirme mes craintes d'une série qui ne sait pas vraiment où elle va.
 
Bilan, donc: on regarde, quatre épisodes sur cinq sont ratés ou mal foutus, mais on continue pour les deux-trois idées vraiment bonnes parmi les 20 épisodes de la saison 1: les observers chauves flippant, the Pattern, Massive Dynamic... De plus, étant donné que c'est sur le format un épisode (ou deux maxi) = une intrigue résolue à la fin, c'est tout à fait tenable. Bref, une série typique signée Abrams: bonnes idées de base, écriture complètement pourrie qui donnerait honte à n'importe quel scénariste un tant soit peu honnête mais à la différence de Lost, par exemple (sans vouloir aucunement enfoncer le clou) ça ne joue pas sur le maintien en haleine du téléspectateur de par la structure... en tout cas, pour le moment (car le final de la saison, s'il est certes impressionnant, suscite quelques craintes: comment vont-ils faire pour éviter une intrigue courant sur tous les épisodes à présent?). Le résultat: une série plutôt sympa, souvent ridicule, parfaite pour regarder le mercredi soir pour notre part. (Ensuite on enfile un Big Bang Theory et hop! au dodo.)

Imagine... (critique cinéma)
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Imaginez une intrigue inspirée à la fois de Roméo et Juliette (un amour impossible entre deux clans rivaux) et du parrain (comment on devient malgré soi comme ses parents, comment on ne peut pas briser les chaînes de la tradition familiale) mais aussi qui évoque Spartacus (la révolte des esclaves). Imaginez que les clans rivaux soient des vampires et des loups-garou, que l'amour impossible soit entre une vampire et un garou, que le garou veut libérer son peuple de l'esclavage dans lequel les vampires le maintient. Imaginez que le chef des vampires soit joué par l'inimitable Bill Nighy (Good Morning England, State of Play) et que le garou soit joué par Michael Sheen (Frost dans Frost/ Nixon, Tony Blair dans The Queen).

Vous vous dites: un chef d'oeuvre en vue.

Et pourtant, Underworld III est une bouse infâme à peine digeste dont on se fout après une petite demi-heure de visionnage tant les dialogues sont écrits avec des moufles par -30°C et la réalisation évoque les contre-plongées et plongées prétentieuses dont un gamin qui viendrait de recevoir une caméra serait capable. C'est nul, nul re-nul et archi nul avec des plans d'un ridicule consommé (notamment la scène de baise en bord de précipice, Michael Sheen ne tombant pas dans le vide uniquement parce que son piolet est bien enfoncé dans la vampirette assises dessus...). Les effets spéciaux sont bof, bof (les garou sont pas beaux) et l'ambiance gothique sombre daaaaaark tellement soulignée que c'en est pénible. Dans cet opéra tragico-comique ridicule, les acteurs tentent de faire leur boulot en surjouant chacune de leurs répliques insipides mais, ce faisant, aggravent la situation.

Et pis en plus, même que la fille, elle est moins belle que Kate Beckinsale...

Autant le premier était sympa autant celui-ci est vraiment tout pourri.





Rêves (X)
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Dans la nuit de mardi à mercredi, j'ai rêvé que je rédigeais un discours pour Obama pour répondre aux attaques contre sa volonté de réformer la santé aux USA. Le discours était concis, percutant, brillant, en somme. Ca commençait par Obama, ton grave mais cool, disant: "Good evening. I shall be brief." Puis la teneur était dans le genre: "if wanting to insure that all ou American citizens have an access to basic medical care is socialist, then call me socialist." Et ça se terminait par: "Now, there are some people who call me socialist out of ignorance, and I hope that they will open their eyes. But there are others who call me socialist out of greed. And to them, I say: "shame, shame on you who feed on the misery of your fellow American citizens!"

Classe, non?

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Critiques cinéma: Films d'espion(s)
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Les Patriotes, d'Eric Rochant avec Yan Attal:

Je sais, c'est pas récent, récent, mais j'en entendais parler par les critiques du Cercle à chaque fois qu'un nouveau film d'espion sortait: ils le citaient en référence, jugeaient tout nouveau film à l'aune de celui-ci. Donc, je voulais le voir. C'est chose faite.

Effectivement, c'est un bon film. L'espionnage y est traité comme une activité honteuse, forcément, mais qui reste uniquement de la collecte d'information. On ne voit pas un seul coup de feu. Les scènes d'action ont lieu dans la sphère sociale: c'est un dialogue entre deux personnages où l'un va tenter d'assoir son pouvoir sur l'autre, une tentative de séduction, un chantage, une manipulation.

La réalisation renforce cette impression et participe activement à la tension du film. Par exemple, à un moment, Yvan Attal croit reconnaître, dans le hall d'un hôtel, une fille qui l'avait fasciné lors d'une précédente opération et qui a disparu. Il suit le couple qui monte dans les étages mais arrive trop tard: la porte de la chambre se referme. Il est face à nous, la porte dans son dos. Il se retourne (dos à la caméra), il frappe, un type répond et il n'arrive qu'à entrapercevoir (avec nous) en arrière-plan la silhouette d'une femme: elle lui ressemble, mais ce n'est pas concluant. Il s'excuse. Le type referme. Il commence à partir, toujours dos à la caméra qui panote légèrement pour le suivre, faisant disparaître du champ la porte de la chambre. Attal disparaît au coin d'un couloir. La caméra ne bouge plus. Soudain, il réapparaît, le visage déterminé, un peu fou, et la caméra panote pour le suivre à nouveau. Il frappe à la porte, le type lui ouvre, il entre en le bousculant, la caméra le suit, toujours de dos, jusqu'à la chambre à coucher où il découvre la fille, nue dans le lit, mais ce n'est pas elle. La caméra se fige, tout comme Attal qui s'excuse à nouveau. Résultat: la scène a duré une minute; les mouvements de caméra ont totalement épousé les états d'âmes et les atermoiements du personnage sur lequel on a appris énormément.

Les acteurs sont bons dans leur rôle, notamment Yvan Attal dans son détachement passif vis-à-vis des choses qui est une force dans son métier d'espion et qu'il oublie à deux reprises lorsqu'il se sent vraiment impliqué (pour une femme et pour l'espion américain qui lui ressemble). Les deux fois, il le paiera. Bernard Lecoq est très bon en salaud qui organise la tromperie d'un ingénieur en se faisant passer pour un ami. H. pense que Sandrine Kimberlain est l'erreur de casting: elle est censée provoquer chez Attal une fascination telle qu'il ne l'oubliera jamais. H. ne la trouve pas belle. Je trouve qu'elle correspond bien au rôle de call-girl qu'elle joue.

Cependant, j'ai ressenti une gêne dans les dialogues, comme si tout était joué d'un ton atone. Je me suis demandé si à l'origine le film était tourné en anglais, ce qui pourrait expliquer mon impression.

Un bon film, donc, qui a bien vieilli (il a 10 ans), et dont je comprends à présent pourquoi il est une référence, surtout comparé à...

Espion(s), de Nicolas Saada, avec Guillaume Canet et Géraldine Pailhas




Les critiques du Cercle avaient beaucoup aimé: l'un de vanter la réalisation, l'autre la sensualité mêlée de fragilité de Géraldine Pailhas qui est l'épouse d'un financier du terrorisme, un autre encore de louer le réalisme de cette histoire d'espionnage entre la France et l'Angleterre.

Or, on a affaire dans ce film à tous les clichés de l'espionnage: explosifs, recrutement du type mêlé à l'intrigue, espion cynique, terroriste suave mais inquiétant, la femme du financier innocente... Plusieurs fois, la crédibilité de l'ensemble ne tient pas, comme lorsque le MI5 pousse Géraldine Pailhas à espionner son mari... en lui filant une clé USB pour qu'elle transfère le contenu de l'ordinateur familial dessus. Car il est connu que quand on est financier du terrorisme international, on sauvegarde des données délicates sur l'ordinateur familial... Heureusement, le scénario réussit à rattraper le coup: le MI5 ne trouve rien.

Au bout de 20 minutes du film, on est déjà blasé face aux platitudes et aux stéréotypes. Et puis, la logique des personnages n'est pas respectée: Guillaume Canet doit se faire recruter et travailler pour les services secrets français et être envoyé en Angleterre, sinon pas de film. Or, Guillaume Canet sait admirablement jouer les cons, du coup, une fois qu'il est embarqué dans cet histoire, on se demande bien pourquoi il prend à coeur de collaborer avec les services secrets français puis anglais. Cela aurait été plus logique si sa seule motivation était Géraldine Pailhas, mais ce n'est jamais vraiment clair. (Après c'est peut-être que Espion(s) est un film trop subtil pour moi... mais je sais pas pourquoi, j'en doute un peu.)

Bref, un film bof bof qui ne mérite pas les louanges qu'il a reçu à sa sortie.

vs.

Hier soir, nous avons vu State of Play (version US) avec Russel Crowe et Ben Affleck. Mouais, ça se regarde. Mais je préfère largement la version british pour une raison principale que H. m'a aidé à identifier: tout dans la version US est plus lisse. Ainsi, la liaison entre le député et son assistante apparaît comme une simple liaison tristement banale; dans la version GB c'est une affaire sordide d'adultère et de double voire triple trahison. Le double meurtre du début semble être un énième meurtre dans la version US; dans la version GB, c'est d'une banalité effrayante. L'ensemble de la série GB respire un parfum glauque qui donne une intensité beaucoup forte que dans la version US. Et ce côté glauque est à la fois contrebalancé et renforcé par l'humour qui est presque absent de la version US.

Coïncidences?
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Parfois, la vie est étrange.

J'ai récemment lu le nom de Northrop Frye sur le blog de John Crowley qui parle de lui comme quelqu'un qui a défini, dans son livre The Secular Scripture, ce que devrait être les romans et notamment les romans de science-fiction/ fantasy.

Je croise ensuite un article du NYT à propos de livres sur l'évolution dont un est consacré au combat entre la taxonomie et l'évolution. Et j'entends parler alors de Linnaeus.

Puis, dans The Guardian, j'apprends que Margaret Atwood publie un nouveau livre, The Year of the Flood, un roman d'anticipation dans lequel l'humanité est décimé par un "Déluge sans eau," c'est-à-dire une pandémie provoquée par une secte de "Darwiniens." Ce roman est présenté comme une suite à Oryx & Crake que j'avais beaucoup, beaucoup aimé. Et voilà que j'apprends au passage qu'Atwood est fille d'un naturaliste héritier de Linnaeus et qu'elle a été élève à l'université de Northrop Frye.

La boucle est bouclée. 

Critique roman: World of Wonders de Roberston Davies
[info]mattboggan

Troisième roman de la trilogie de Deptford, petit village canadien d'où sont originaires tous les personnages, World of Wonders se concentre sur Magnus Eisengrim, mondialement reconnu comme le plus grand magicien de tous les temps. Dans ce roman, Magnus, arrivé à un grand âge, est choisi pour incarner son illustre prédécesseur, Robert-Houdin, inventeur de la magie. Lors du tournage du film puis lors de sa promotion, poussé par le réalisateur mais aussi par Dunstan Ramsey, le narrateur du premier roman, et par Liesl, la maîtresse des deux hommes, Magnus raconte sa vie et comment il est devenu le plus grand magicien.

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J'attendais de lire ce roman avec impatience: enfin, j'allais savoir ce qu'il s'était passé et surtout enfin j'allais découvrir la vie et le "making-of" d'un magicien hypnotiseur charismatique.

Le roman commence donc alors que Magnus est d'accord pour se confier sous la forme d'un dialogue entre Magnus et ses interlocuteurs ponctué de très nombreux monologues au cours desquels Magnus raconte sa vie. J'ai eu une première déception ici sur le style: les monologues de Magnus sont interminables et cette forme de narration -- un vrai-faux dialogue -- ne permet pas d'insuffler suffisamment de dynamisme. J'ai réellement peiné parfois à aller au bout des digressions de Magnus.

Pourtant, à lire les trois tomes, je vois bien ce que Robertson Davies implique: toute histoire, toute narration est obligatoirement subjective. Il s'interdit donc d'être un narrateur omniscient et s'oblige à passer par le biais d'un "je" subjectif, témoin et acteur des évènements, donc partial. Il y a d'ailleurs à ce propos une discussion intéressante sur la nature de la vérité et comment, pour Dunstan l'historien, elle n'existe pas car elle dépend toujours des sources, alors que pour le producteur et pour le réalisateur du film, la vérité est une question d'image. D'ailleurs, Dunstan, qui est ici le "je" de la narration en tant que participant à cette confidence de Magnus, est outré: Magnus ne n'est pas confié à ses amis jusqu'alors mais accepte de le faire avec des étrangers. Liesl explique: le désir de raconter sa vie, de se confier, intervient lorsque l'on veut être reconnu. De ce fait, la vision qu'a Magnus de sa propre vie est fausse, ainsi que le producteur ne manque pas de le lui faire remarquer. Tout cela est très bien, mais cela n'empêche pas les 2/3 du roman de paraître trop longues faute d'une narration plus dynamique.

Pourtant, au début du roman, Lind, le réalisateur, explique à Magnus qu'entendre le récit de sa vie, comment il est devenu le personnage qu'il est, formerait le subtext de son propre film sur Robert-Houdin. Dunstan explique alors que le subtext est, au théâtre, ce que le personnage sait et pense, ce qui s'oppose à ce que le dramaturge lui fait dire. Cette idée est excellente, et l'on voit bien la mise en abîme qu'elle apporte pour le roman: Magnus raconte comment il est devenu le personnage d'un roman pour pouvoir mieux expliquer comment il a réussi à incarner le personnage d'un film dans le roman -- personnage réel celui-ci, mais personnage ambiguë: Robert-Houndin était un artiste qui aurait voulu être un bourgeois voire un aristocrate ainsi que ses Confidences d'un prestidigitateur en attestent.

Deuxième déception: la vie de Magnus, le fond même du roman. Son enfance dans un cirque forain, son apprentissage de l'amour et du théâtre (les deux en mêmes temps, quelle fabuleuse idée: tout en faux-semblants et en exagérations) à Londres puis en tournée au Canada -- rien ne m'a vraiment emballé, ni son récit des circuits du cirque ambulant, ni sa tournée au Canada avec la troupe de théâtre. La narration y est pour quelque chose, ce point de vue unique, celui d'Eisengrim. D'ailleurs, lorsque Roland, le producteur conteste ce point de vue et révèle qu'il a fait partie de la même troupe, le récit reprend du souffle et de l'intérêt.

Alors, finalement, ce roman, est-il bon?

Jusqu'à la lecture des 50 dernières pages, j'aurai pu répondre par la négative, la déception primant sur les autres qualités (d'écriture notamment). Puis, à la fin, arrive le tour de Liesl de raconter sa rencontre avec Magnus. On découvre alors le dernier temps du making-of Magnus: lorsqu'il était horloger pour le compte du père de Liesl, un richissime industriel suisse, engagé pour réparer sa collection unique au monde d'automates. Enfin, la toute fin du roman, la confession de Magnus à propos de la fameuse soirée. En filigrane, derrière ces deux récits qui closent à la fois le roman et la trilogie, Davies nous livre une réflexion sur ce qu'il appelle le Magian World View, ce qu'on pourrait traduire par le regard du magicien sur le monde ou encore par la vision enchantée sur le monde (pour reprendre le titre de Marcel Gauchet).

Alors que Liesl raconte l'histoire de sa rencontre avec Magnus, elle explique qu'elle a immédiatement reconnu en lui quelqu'un qui possédait cette vision du monde:

"We have paid a terrible price for our education, such as it is. The Magian World View, in so far as it exists, has taken flight into science, and only the great scientists have it or understand where it leads; the lesser ones are merely clockmakers of a larger growth, just as so many of our humanist scholars are just cud-chewers or system-grinders. We have educated ourselves into a world in which wonder, and the fear and dread and splendour and freedom of wonder have been banished. Of course wonder is costly. You couldn't incorporate it into a modern state, because it is the antithesis of the anxiously worshipped security which is what a modern state is asked to give. Wonder is marvelous but it is also cruel, cruel, cruel. It is undemocratic, discriminatory, and pitiless."

Finalement, ce passage permet de relire le roman en quelque sorte, de le remettre en perspective: World of Wonders nous raconte comment on acquiert cette capacité émerveillement tant pour les belles que pour les terribles choses. Et, il nous donne une clé ultime de lecture pour l'ensemble de la trilogie, la concluant de manière satisfaisante, car les trois romans, en fin de compte, nous livre le récit, des images, des personnages, qui font partie de cette vision du monde.

Alors si World of Wonders est pour moi le moins des trois romans de la trilogie, il n'en reste pas moins nécessaire en quelque sorte et me permet de me souvenir à quel point Fifth Business est excellent et The Manticore encore plus profond à mes yeux.

* * *

A présent, j'ai commencé une autre trilogie (décidément): His Dark Materials, de Philipp Pulman dont on dit que c'est un chef d'oeuvre de la littérature enfantine et de la littérature tout court. Le début est très prometteur et la citation de Paradise Lost de Milton dont est tiré le titre de la trilogie fabuleuse:

Into this wild abyss,
The womb of nature and perhaps her grave,
Of neither sea, nor shore, nor air, nor fire,
But all these in their pregnant causes mixed
Confusedly, and which thus must ever fight,
Unless the almighty maker them ordain
His dark materials to create more worlds,
Into this wild abyss the wary fiend
Stood on the brink of hell and looked a while,
Pondering his voyage...

Et là moi je dis: wouah. Et je commence à lire...


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