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Jul. 9th, 2009

Critique ciné: Half Nelson

Half Nelson, réalisé par Ryan Fleck avec Ryan Gosling.




Dan Dunn est un prof d'Histoire en classe de junior et entraîneur de l'équipe de filles de bakset dans un lycée de Brooklyn qui porte son mal de vivre dans son regard endormi ou derrière ses lunettes noires style années 80. Ses élèves, comme il le dit lui-même, sont la seule chose qui lui permet de rester concentrer et de pas devenir fou. Pourtant, il n'a rien qui ne va pas: il a un boulot qu'il aime, des élèves qu'il aime, des parents "libéraux" anciens protestataires contre la guerre au Vietnam. Mais Dan est seul et malheureux. Alors, il fume, du crack, notamment, dans son appart viellot au milieu de ses bouquins... au lieu d'écrire le livre qu'il a commencé sur la dialectique pour apprendre l'histoire en classe. Il est incapable d'avoir une vraie relation: son ex a suivi, elle, une cure de désintox qui ma marché ("it works for some people, but not for me") et s'est fiancée. Dan, lui, s'applique méticuleusement, cruellement et même, un soir de cuite et de shoot, monstrueusement, à détruire toute ébauche de relation qu'il pourrait nouer.

Un soir d'après match de l'équipe de basket, une de ses élèves, Drey, le trouve dans les toilettes, une pipe à crack encore en main, à moitié dans les vapes. Et au lieu de le dénoncer, elle va d'abord utiliser ce secret pour satisfaire sa curiosité et se rapprocher de lui. Alors qu'elle-même doit gérer une situation familiale complexe -- avec une mère célibataire qui travaille trop, un père absent, un frère en prison, l'ancien boss de son frère, Frank, qui cherche à la recruter pour vendre de la drogue -- Drey va être à même se saisir la réalité de la situation de son prof et une amitié totalement incongrue va se nouer entre eux.

L'interprétation des comédiens, Ryan Gosling et la jeune actrice, sont d'une subtilité et d'une grâce qui, couplée à la réalisation sans prétention et au plus prêt des personnages, permet à ce film de délivrer un message politique et social d'une acuité et d'une finesse rare, le tout servi par une bande-son super chouette.

Certaines scènes, dans lesquelles Dan enseigne, alignent des platitudes, mais elles sont compensées par la force d'un aspect réel à ce qui est montré: j'entends par là que, pour une fois, la réalisation n'exagère ni n'assombrit, ne traite pas de manière cinématique, l'école américaine, la drogue, les vendeurs de drogue. Quand Dan demande à Frank le dealer d'arrêter de voir Drey, on s'attendrait à ce que le dealer sorte un flingue, mais non: il n'en a pas besoin et le film en ressort plus vrai.

Le message politique est le cri de détresse d'une certaine gauche américaine qui est morte. Dan passe à ses élèves des films d'archive des années 60 dont une de Mario Savio, datée de 1964 (hé, j'ai fait mes recherches), dans laquelle il déclame face à la caméra, la voix tremblante de colère:




“There is a time when the operation of the machine becomes so odious, makes you so sick at heart, that you can’t take part; you can’t even passively take part, and you’ve got to put your bodies upon the gears and upon the wheels, upon the levers, upon all the apparatus, and you’ve got to make it stop. And you've got to indicate to the people who run it, to the people who own it, that unless you're free, the machine will be prevented from working at all!

Dan de demander alors à ses élèves: "de quelle machine parle-t-il? Qu'est-ce qui nous empêche d'être libres?" Et finalement, les élèves, avec leurs réponses d'élèves -- prison (venant de Drey, qui a son frère en prison, donc), école, homme blanc (tous ses élèves sont noirs) éducation -- définissent le système. Et lui alors de dire: "oui, je suis le système, je suis un homme blanc, je travaille pour le gouvernement, mais je ne suis pas d'accord avec sa politique, et vous vous faites aussi partie du système. La preuve vous venez à l'école."

On comprend lors d'une scène d'un diner avec ses parents que, finalement, le crack est à Dan ce que l'alcool est pour eux: le moyen de noyer la conscience que leurs idéeaux sont morts avec les années 60, mais que peut-être, si on cherche à se bouger un peu, on peut réussir à changer le monde pour le mieux même si un homme seul ne représente rien. Pour Dan, c'est Drey qui va représenter le facteur déclencheur: on ne peut pas changer le monde, mais on peut faire le bien, une personne à la fois.

Jul. 4th, 2009

Critique roman: Là où les tigres sont chez eux, de Jean-Marie Blas de Roblès


Le titre de ce roman est emprunté à Goethe, tiré d'une citation que je vous livre: "Ce n'est pas impunément qu'on erre sous les palmiers, et les idées changent nécessairement dans un pays où les éléphants et les tigres sont chez eux."

Eléazard von Wogau est un journaliste franco-allemand, échoué dans le Nordeste brésilien, à Alcântara, en face de Sao Luis, entre deux baies, après avoir abandonné sa thèse sur Athanase Kircher. Il reçoit un étrange manuscrit d'un certain Caspar Schott, moine jésuite biographe de son maître Athanase Kircher, moine jésuite lui aussi, mais surtout le "maître des cent arts": inventeur (du microscope, de la lanterne magique, de la chambre obscure...), sinologue, égyptologue, alchimiste, encyclopédiste, linguiste, kabbaliste, océanographe, vulcanologue... en un temps, le XVIIe siècle, où toutes ces disciplines n'existaient pas en tant que telles pour la plupart. Intrigué, Eléazard commence alors à annoter ce manuscrit tandis qu'il rencontre une mystérieuse Italienne à la beauté troublante et qu'il se trouve confronté au gouverneur de l'Etat du Maranhao...

Pendant ce temps, son ex-femme femme paléontologue part avec le fils du gouverneur pour une expédition au coeur du Mato Grosso à la recherche de fossiles inédites qui révolutionneraient la paléontologie tandis que la fille d'Eléazard, étudiante à Fortaleza, lesbienne et droguée, rencontre un jeune professeur à qui elle fait découvrir le Brésil...

Mais c'est elle qui va découvrir le véritable Brésil des favelas et notamment un jeune infirme, Nelson, qui a pour héros un bandit brésilien, Lampiao, et qui veut venger la mort de son père, un ouvrier qui travaillait dans les usines du gouverneur et qui est tombé dans une cuve d'acier en fusion. Lorsque les hommes du gouverneur lui ont présenté un morceau de rail en lui disant que c'était son père, il est devenu à la fois orphelin et a juré de tuer le patron de l'usine...

Toutes ces vies -- et d'autres encore -- s'entremêlent, ces destins se croisent, chacun d'entre eux faisant écho aux aventures d'Anathase Kircher que l'on découvre au fur et à mesure des chapitres, un chapitre tiré du manuscrit ouvrant chaque chapitre du roman, ce qui rappelle furieusement Umberto Ecco (notamment Baudolino) ou Salman Rushdie.

Il règne une atmosphère de désespoir moite dans ce roman: l'atmosphère de désolation équatoriale renvoie aux façades délavées des maisons abandonnées, aux villages déjà regagnés par la jungle, aux pluies qui tombent comme des rideaux, au désespoir des favelas, au désespoir teinté de félicité éphémère de la cachaça qui coule à flots ou de la drogue, qu'elle soit la cocaïne de l'étudiante désoeuvrée qui erre à la recherche de son identité ou celle des Indiens qui veulent accéder au monde-sans-souffrance.

Est-ce parce qu'il a fait le tour du monde, vu mille paysages, contemplant toutes les misères sous toutes les latitudes que Blas de Roblès dépeint un monde duquel nous cherchons tous à nous évader: par la cupidité bâtisseuse pour le gouverneur, par la drogue pour l'étudiante, par la drogue et la croyance encore pour les Indiens, dans la vie d'un moine jésuite pour Eleazard, en maîtrisant toutes les sciences du monde pour ce moine...

Mais, au final, le monde s'impose à nous, sa réalité brute, ses vérités implacables: l'étudiante se noie dans sa quête de rédemption, les Indiens échappent au monde dans une orgie, les habitants des favelas s'enivrent de prières et de carnaval qui paraissent ridicules, naïfs et vains, Eléazard se rend compte que son manuscrit lui pourrit la vie et qu'il n'est pas ce qu'il croyait être, Nelson parvient à son but dans un paroxysme de désespoir.

On ressent quelques longueurs parfois (mais comment éviter les longueurs quand on entreprend de peindre un pays-continent-monde comme le Brésil?), notamment dans les passages "psychologiques" où la narration, omnisciente, entre dans les pensées des protagonistes. Je pense qu'au lieu de nous donner ces pensées, l'auteur aurait mieux fait et aurait été plus efficace à nous montrer les actions de ses personnages; on aurait alors compris leur psychologie. La sobriété de l'action vaut mieux que la pesanteur des introspections qui se heurtent souvent à l'écueil de la psychologie (puis-je vraiment entant qu'individu imaginer les pensées d'un autre individu, fut-il fictif?).

Mais ce léger défaut est vite gommé par les traits saillants de certains passages qui semblent écrits à la plume trempée dans les flammes et dans l'epena qui provoque hallucinations et brûle le cerveau de ceux qui la reniflent. Des passages hallucinants me resteront longtemps en mémoire: les lucioles qui s'envolent du cadavre, toute la tribu et les scientifiques, enflammés, qui se précipitent du haut de la falaise pour disparaître dans la jungle comme autant de lucioles, la partie de pêche qui évoque Hemingway, la noyade lumineuse finale de Moéma, l'étudiante droguée...


Cette écriture douloureuse transperce avec la vérité terrible que nous tous, humains, Indiens, universitaires, moine jésuite, journaliste, gouverneur, miséreux, loqueteux, nous vivons nos vies en vain, nous berçant de l'illusion que nous remplissons nos vies de sens alors que nous ne sommes rien, et que la mort vient pour, en fin de compte, nous le rappeler avec force. Face à cela, il ne reste plus qu'à l'embrasser: à travers Dieu comme l'a prétendument fait Kircher, à travers la jungle et sa beauté inhumaine incandescente comme l'ont fait les membres de l'expédition et les Indiens confrontés à leur disparition, à travers l'idée qu'on fait partie de ce monde pour les autres (maigre consolation!). La mort et la nature. Ou la mort comme seule vraie nature humaine.

Mort des hommes... et mort des idéologies (les allusions au communisme, à la colère née de la misère sont nombreuses) qui ont laissé ce monde tel qu'il est: ni cruel ni doux, mais simplement qui est, et toute vie humaine n'est qu'une pécadille, même si, pour ceux qui restent, avec la perte des idéologies et des identités ne restent plus que la cupidité et la souffrance qui en résulte.

Alors oui, c'est un roman-monde, car ces destins croisés qui font écho à celui d'Athanase Kircher nous montrent le destin de chacun d'entre nous. Le Brésil est le monde. La nature et la souffrance que les hommes infligent aux hommes sont les deux seuls vérités. La mort en est le seul dénouement. En même temps, c'est un joyeux palimpseste: un roman sur un roman sur un roman et donc l'idée, peut-être, peut-être, que le fil continu des vies humaines nous relie bien les uns aux autres, et que, peut-être, alors que le monde, la nature et la mort se sont installés en maîtres, seule compte cette idée.

Jul. 3rd, 2009

Critique ciné -- Good Morning England


Les années 60 étaient l'âge d'or du rock en Angleterre et la BBC n'en passait que 45 minutes par jour. Heureusement, les radios pirates en passaient en permanence, émettant depuis des vieux rafiots sur la mer du Nord.

Film plaisant, Good Morning England ne se prend jamais au sérieux (mis à part Kenneth Brannagh qui s'est dit que pour jouer son personnage de ministre conservateur réac ce serait du meilleur goût de singer Hitler: il roule les yeux et les "r" avec un accent allemand (si! si!), a les mimiques, le dos voûté, les volte-faces du Führer; on croirait Christopher Ganz dans La Chute) et vaut surtout pour la gallerie de personnages à bord du bateau. Le Count joué par Philipp Seymour Hoffman, américain excentrique, Gavin Kavannagh, le dj le plus cool de la planète qui fait jouir les auditeurs et auditrices surtout rien qu'en sussurrant des mots salaces d'une voix langoureuse à son micro, le jeune Carl venu ici envoyé par sa mère pour le remettre dans le "droit chemin," Bob, l'excentrique bab qui anime la tranche 3h-6h en passant des tubes des Grateful Dead avec une voix grave et profonde dont on a l'impression qu'elle va vous donner la clé de la compréhension ultime de l'univers... et surtout, surtout, l'acteur le plus génial de l'autre côté de la Manche, j'ai nommé Bill Nighy, le pur modèle d'aristocrate anglais décadent, acerbe et caustique. Je l'adore, même dans des mauvais films, il est excellent. Il incarne ce que je trouve tripant chez nos ennemis préférés.

Bon, il faut être honnête: à l'instar de H., je trouve que le film manque d'un véritable scénario et heureusement que la bande-son nous fait triper en permanence. D'ailleurs, c'est d'autant plus dommage que je n'ai pas pu m'empêcher d'imaginer après-coup le film que j'aurai voulu voir: le même, les scènes sur le gouvernement qui essaie de lutter contre eux en moins (trop caricaturaux, trop-méchants-mais-gentils-
car-stupides) pour être remplacées par des scènes dans lesquelles on verrait vraiment l'impact que ces radios avaient sur les Brits: à une époque où le carcan de la société était étouffant, c'était la seule bouffée de liberté. Un peu comme cet auteur anglais qui disait que les Monthy Python étaient le seul moment, le dimanche soir, qu'il attendait toute la semaine.

Enfin, on a passé un bon moment, on a écouté de la bonne musique et c'est déjà pas mal.

Critique ciné -- Coraline




C'est chouette! L'histoire de Coraline qui découvre une autre maison derrière une porte murée du salon de la nouvelle maison où ses parents qui n'ont jamais le temps de s'occuper d'elle ont emménagé. Dans cette autre maison, elle rencontre des parents drôles, qui s'occupent d'elle et qui lui réservent des surprises merveilleuses les trois nuits où elle vient les voir en rêve: ses voisins sont gentils et fabuleux et non pas des excentriques sur le déclin. Mais tout cela cache quelque chose de terrible et Coraline devra trouver en elle -- et en personne d'autre, notamment pas les adultes qui sont tout aussi voire davantage vulnérables qu'elle -- les ressources de courage nécessaires pour vaincre l'horrible "Autre Mère" qui règne en tyran sur ce monde. J'ai particulièrement aimé cette créature: c'est une fée, y'a pas photo.

La réalisation est bonne, l'animation fluide même si parfois un peu lente. On imagine lors de certains plans ce que ça peut donner en 3D mais honnêtement on a pas ressenti de manque. La musique de Bruno Coulais, contrairement à ce que j'ai lu quelque part, n'est pas envahissante mais épouse bien les scènes et sait être présente sans s'imposer.

Un bon film d'animation donc, qui présente bien l'imaginaire de Gaiman qui s'exprime le mieux dans les personnages secondaires (les anciennes danseuses de revue devenues grosses, le fabuleux acrobate russe devenu alcoolique, le voisin maladroit, timide et allumé), qui mérite d'être vu sans pourtant effacer le chef d'oeuvre qu'est Chihiro qui a le même thème: je me fais enlever, je dois sauver mes parents en étant forte alors qu'eux sont faibles car ignorants ou aveugles.

Jun. 7th, 2009

Critique roman: Ada de Nabokov

Aujourd'hui, j'ai fini de lire Ada de Nabokov.


Ada est un roman protéiforme: conte idyllique (un été interminable et à jamais remémoré), roman initiatique (la découverte de l'amour et du sexe) et philosophique (sur le temps), roman de moeurs (sur l'aristocratie et la bourgeoisie de la fin XIXe début XXe), roman d'uchronie (les USA ont été conquis par la Russie, la France par l'Angleterre), roman érotique (il y a une tension érotique tant pour les personnages que pour le lecteur qui est... oh my --)... Il est tout cela à la fois. Sa structure est d'une complexité apparente qui se révèle, comme souvent, une évidence lorsque la fin s'achemine vers le lecteur:

La première partie est la plus longue et narre un été de 1884 dans le manoir d'Ardis où se rencontrent Ada, jeune gamine de 12 ans et déjà très précoce tant physiquement que mentalement, et son cousin Van, 14 ans, fils d'un père aristocrate flamboyant. Ensemble ils découvrent l'amour et le sexe alors qu'une passion toride et charnelle les unit dans un parfum d'interdit d'autant plus fort que très vite le lecteur se rend compte que nos deux jeunes héros ne sont pas que cousins... L'inceste est présent, ce qui n'étonnera personne chez Nabokov. Mais les pages qu'il écrit sont parfois d'une beauté poignante, à vous arracher des douleurs dans le ventre, vraiment. Cette longue, longue partie s'étire indéfiniment et s'achève, bien sûr, avec non pas un mais deux drames (une jalousie, un duel), lors d'un deuxième été, quatre ans plus tard.

Les parties suivantes sont de plus en plus courtes et de plus en plus tragiques: Van devient un psychologue renommé tandis qu'Ada marie un éleveur texan. Un drame vient assombrir leurs vies respectives avec le sort funeste de Lucette, la soeur d'Ada, témoin et complice de leurs ébats adolescents... Van noie le chagrin de la séparation dans une vie dissolue, Ada disparaît... Enfin, les deux héros sont réunis dans un amour tragique au crépuscule de leur vie et les dernières pages transcendent tous les genres évoqués plus haut, les dissout dans des phrases qui englobent l'ensemble du roman. Et le temps, s'il n'est pas vaincu, apparaît alors comme compris et la mort comme domptée.

(Sans avoir livré la clé d'interprétation de la structure du roman, je pense avoir donné un indice suffisamment parlant.)

Le style est d'une virtuosité et d'une maîtrise incroyables. Ada est, à ce titre, une oeuvre baroque tant la flamboyance perce sans cesse. Roman fleuve, roman épigraphique, la narration devient théâtrale lorsqu'il s'agit d'évoquer des passions qui le sont tout autant ou cinématographique lors d'une scène de tournage de film ou lorsque Van et Lucette regardent un film lors d'une croisière. La narration, comme on s'en aperçoit assez vite, est le fruit de Van lui-même qui écrit à la toute fin de sa vie, se remémorant ce premier été avec émotion, émotion tellement forte que, parfois, le "il" neutre cède la place au "je." Puis on comprend qu'Ada a annoté le manuscrit qui a enfin été édité par... par un mystérieux éditeur (Nabokov?). A ce propos, Nabokov écrit avec une certaine ironie empathique ou une empathie ironique qui mêle distance et compréhension devant les passions, les outrances, les auto-satisfactions, les dandysmes de ses personnages. Il comprend ce qu'ils cherchent désespéremment sans même s'en rendre compte et il ne les condamne nullement, au contraire: ils sont si touchants dans leur folie désespérante.

Au final, j'ai ressenti -- et je ne peux qu'évoquer un ressenti face à cette oeuvre qui me dépasse, qui me laisse pantois parfois, qui me laisse incrédule, qui me frustre lorsque page après page j'ai l'impression de passer à côté -- un roman fulgurant, d'une beauté parfois terrassante, d'une complexité narrative déboussolante, d'une richesse inépuisable, d'une force terrifiante.

Bref, un roman que j'ai lu à 31 ans (ce qui correspond à la vingtaine au moment où Nabokov écrit, à la fin de la dizaine pour ses personnages), mais que peut-être je devrais relire, comme Gravity's Rainbow, à 50 ou 60. Donc, ceci n'était pas une critique, mais les impressions bien modestes de quelqu'un qui sent qu'il a touché à quelque chose d'encore trop grand pour lui. Grandis et reviens, m'a dit Ada, brune et belle à se damner.
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Critique ciné: Terminator Salvation

Alors, après avoir rempli mon devoir civique ce matin, je peux vous faire part de mon impression sur Terminator 4.

Le film n'est pas un chef d'oeuvre. Je peux même pas dire que c'est un bon film, toutes catégories confondues. Par contre, c'est un bon blockbuster et un bon post-apo. J'aime beaucoup l'esthétique bleutée et jaunâtre de cette fin du monde post-nucléaire. L'ambiance de survie à la Mad Max est pas mal ainsi que la peur qu'engendre chaque apparition des machines (sauf la scène de poursuite avec les motos qui fait gimmix limite jeu vidéo qu'il aurait fallu virer car ça casse l'ambiance). La scène dans une station service abandonnée avec un robot géant qui vient capturer des humains est terrifiante et rappelle furieusement La Guerre des mondes de Spielberg. L'analogie avec la Shoah ne s'arrête pas là avec les scènes de transport puis de tris des humains dans la base centrale de Skynet. D'ailleurs, à noter qu'on ne sait pas ce que Skynet fait de tous ces humains...

Par rapport aux autres Terminator, celui-ci se raccroche assez bien sur le 2e (je ne me souviens plus du 3 tant il était anecdotique).

Les deux acteurs incarnant Marcus Wright et John Connor (Christian Bale) s'en sortent bien tous les deux. Je ne trouve pas que le 1er eclipse le 2nd. Mention spéciale à Bryce Dallas Howard qui, enceinte, est ultra mimie avec une peau de pêche qui donne envie de croquer et des yeux hypnotisant. Le personnage de Kyle Reese (le futur/ passé père de John Connor) est le plus pâlo et oubliable (dommage!).

Il est clair que le scénario et le montage sont les points faibles: les péripéties s'enchaînent parfois sans grande logique ni grand intérêt et certaines invraissemblances voire discontinuités lestent lourdement l'histoire. On sent qu'il aurait mieux valu en faire moins sur quelques scènes d'action superflues et essayer d'approfondir le propos qui reste désespéremment léger voire inexistant. La piste extermination des humains n'est pas creusée, la piste désespoir de la résistance est abandonnée, la piste John Connor = prophète n'est que mentionnée mais pas exploitée... De nombreuses idées intéressantes voire passionnantes sont là, effleurées, sous-jacentes mais pas explorées. Peur du public? Peur de thèmes trop "adultes"? Quoiqu'il en soit c'est bien là que le bas blesse.

La réalisation n'est pas originale: on a déjà vu ça, notamment, donc, chez Spielberg. Mais certaines scènes accrochent bien (la scène d'ouverture est ratée cependant à mon avis: on évoque pas la peine de mort aussi lourdement): la première scène de combat avec notamment la scène de John dans l'hélicopter qui se crache puis le combat contre un T600 est très rythmée, la scène à la station service m'a fait sentir totalement impuissant à la place des personnages tant j'y étais (comme dans la Guerre des mondes au début). Plus négatif: toute les scènes vers la fin sont trop proches de Matrix 2 et 3 pour la base de Skynet et de Terminator 2 pour le combat dans l'usine de fabrication des T800, les deux en moins bien visuellement. Et puis, pour le coup, c'est vraiment pas original.

Bilan: j'ai passé un bon moment des émotions et sur le plan de l'ambiance plutôt bien rendue (même les références aux anciens films ne sont pas trop pesantes sauf l'apparition de Governator qui est ridicule) mais c'était frustrant sur le plan intellectuel. La fin est trop ouvertement axée sur l'annonce du prochain film. Dommage. Alors quelle sera la suite? L'explication sur ce que fait Skynet avec les prisonniers humains? Peut-être des expériences pour inventer le voyage dans le temps? Oui, mais non, car ce voyage dans le temps sera utilisé après l'échec du plan pour tuer Connor qu'on voit dans ce film, alors quid? L'histoire du bébé qui grandit dans le ventre de Bryce Dallas Howard? Hélène disait qu'elle voudrait voir comment Skynet extraie l'uranium dont elle a besoin pour alimenter ses piles nucléaires. C'est vrai que ce serait bien, un film qui explique ce futur, qui ne fait pas que le présenter... Qui expliquent comment les hommes survivent alors que les machines semblent omniscientes et non omniprésentes. Pourquoi d'ailleurs? Le pire de tout serait de nous faire l'histoire de Kyle Reese: on la connaît c'était le 1er film.

Pour le plaisir et pour la musique de NIN, on se refait la bande-annonce:

movies.apple.com/movies/wb/terminatorsalvation/terminatorsalvation-tlr3_h720p.mov

Jun. 3rd, 2009

Etonnants Voyageurs?



De retour de Saint-Malô, impression mitigée pour la première fois depuis plusieurs années. Avec le succès grandissant, la foule augmentant, le festival doit se professionnaliser, car payer 10 euros pour ne pas pouvoir assister à des conférences même en faisant la queue pendant une demi-heure-trois quarts d'heure risque d'en frustrer plus d'un du fait que les salles ne sont pas vidées systématiquement.

Autre leçon: je commence à ne plus supporter l'attitude d'égoïsme consumérisme d'une catégorie de population qui vient à Saint-Malô pour... pour quoi, d'ailleurs? Ces gens vulgaires qui viennent aux conférences et quittent la salle à peine celle-ci commencée alors que beaucoup n'ont pas pu entrer, ces gens imbéciles qui laissent leur portable allumer et sonner, ces gens outranciers qui parlent alors que Edouard Glissant parle, tous ces gens qui sifflent un type qui veut poser une question à Bertrand Tavernier parce qu'ils n'ont pas vu le film (faites lui confiance, nom de nom, et faites confiance à Tavernier pour savoir quoi répondre!)... Tout ceci me débecte. Et au risque de paraître polémique et ingrat, je dois ajouter que cette attitude est le fait d'une génération de cinquante-soixantenaires qui constitue le public majoritaire du festival. Cela mériterait un billet sur cette génération. (Je l'ai déjà plus ou moins écrit mentalement, mais aurais-je le temps et la volonté de répandre ainsi mon venin sur la génération du père?)

Sur le fond, heureusement, les choses sont plus positives: merveilleuse conférence de Glissant et Chamoiseau sur "esthétique et poétique du Tout-Monde" dont j'essaierai de rendre compte ici dans un billet futur, toujours fabuleux Bertrand Tavernier (Mississipi Blues fut un vrai choc émotionnel*) et charmant Jean-Marie Blas de Roblès qui nous a dédicacés son livre qu'il me tarde de commencer.

* A tel point que certaines scènes m'ont quasi mis les larmes aux yeux.

May. 18th, 2009

Critique romans: Beasts et Engine Summer de John Crowley

Deux livres de John Crowley, deux critiques écrites longtemps après leur lecture:


Beasts -- Dans un futur pas très lointain, la société s'est écroulée suite à des expériences génétiques qui ont permis de créer une espèce hybride humain-lion baptisée "léo." Cette découverte a entraîné une remise en question fondamentale de la place, de la définition et du rôle de l'homme. Faute de réponse, la société s'est désagrégée, et d'abord sur le plan politique: les Etats se sont désunis et les cadres administratifs anciens n'existent plus.

Dans ce contexte, on suit une demi-douzaine de personnages aux destins apparemment sans lien les uns avec les autres: un scientifique qui observe les faucons au Canada, une serveuse dans un bar... vendue par le gérant du bar à un léo... lui-même poursuivi par des hommes du gouvernement de l'Etat qui couvre la Côté Nord-Est (l'ancienne Megalopolis)... envoyés eux-mêmes par le conseiller politique du président, Reynard, qui comme son nom l'indique est un hybride, unique lui, d'humain et de renard... Reynard qui est le précepteur des enfants du président, un garçon et une fille... qui rencontrent le scientifique qui leur apprend la fauconnerie... Enfants du président qui, suite à l'assassinat de leur père, s'enfuient pour aller sauver la dernière tribu de léos dont les membres meurent de faim quelque part dans une réserve perdue au milieu des grandes plaines... sort funeste des léos révélé par des images vidéos tournées par un résident d'une sorte de montagne-arcologie envoyé par les siens suite au passage des léos sur leurs terres... tandis que le léo du départ s'enfonce dans la mégalopole à la recherche des clés pour le survie des siens...

Comme on peut le voir avec le résumé ci-dessus, l'intrigue de Beasts est assez décousue et même si on se rend compte facilement que les fils qui unissent ses personnages en apparence éloignés les uns des autres vont s'entremêler, il reste qu'une impression de flottement persiste une fois achevée la lecture de ce roman .

Toutefois, la force de Beasts n'est pas dans son intrigue mais, comme souvent chez Crowley, dans la puissance de ces descriptions et dans son inimitable style où les mots soulignent la force des émotions, de la psychologie des personnages par l'absence. C'est entre chaque mot, entre chaque phrase qu'apparaissent les émotions les plus fortes. Cette évocation par l'absence me remplit d'admiration; cette épure de style est un vrai modèle, une merveille de littérature.

Sur beaucoup de points (notamment la thématique de l'identité humaine confrontée à une nouvelle espèce intelligente), Beasts m'a rappelé Oryx and Crake de Margaret Atwood que j'avais beaucoup aimé. Même si ce n'est pas à mes yeux le meilleur roman, il traite avec maestria la thématique abordée (qu'est-ce qu'être humain? qu'est-ce qu'un animal? quelle est la frontière entre les deux? existe-t-elle seulement?) et livre des scènes d'une beauté et d'une profondeur inouïes (la traversée d'un tunnel entre New York en déliquescence sous un fleuve pour quitter la ville par le léo et une meute de chiens sauvages à laquelle il s'est joint est un chef d'oeuvre de descriptions de sensations, d'odeurs, de "sentiments animaliers").

Pas le meilleur de Crowley mais cela reste très au-dessus de n'importe quel roman de SF, aussi bon que Atwood, par exemple.


Engine Summer -- Troisième roman de John Crowley, Engine Summer bénéficie, parmi les aficionados de Crowley, d'une très bonne réputation. Son premier chef d'oeuvre avant Little, Big, en quelque sorte. Je l'ai donc lu avec beaucoup d'attente.

Dans une "colonie" en partie souterraine, la tribu, depuis la Grande Catastrophe, s'est organisée en "cordes" (les Chuchoteurs qui connaissent les secrets, les Gardiens, qui connaissent les histoires, etc.) fondés par les "saints." Chaque corde est le dépositaire de connaissances ou d'artefacts, hérités depuis des lustres, issus de l'ancienne société, des anciens hommes, que les hommes d'aujourd'hui appellent les "anges."

Le narrateur, un jeune garçon, est initié aux mystères de sa "corde" et apprend les légendes sur les ancêtres. Il rencontre et tombe amoureux d'une jeune fille d'une autre corde. Ensemble, ils découvrent leur société en même temps que leurs premiers émois. Lorsqu'un jour viennent à la colonie les représentants d'une tribu étrange: sorte de marchands itinérants tout de noir vêtus (ils évoquent des mormons matinés de gitans dans mon esprit). Lors du troc habituel, ils racontent une étrange légende sur des sphères que les anges auraient laissé derrière eux. Ils racontent aussi que les anges vivraient dans une cité volante dans le ciel.

Après cette intrusion, les choses ne sont plus les mêmes: la jeune fille change et devient secrète. Un beau jour, elle est partie. En fait, elle a fugué pour suivre les commerçants. Le narrateur décide alors de partir à sa recherche et de devenir lui aussi un saint. Il rencontrera dans son périple un couple et leurs enfants vivant sur une péniche, un ermite considéré comme un saint vivant dans une forêt, rejoindra les marchands et retrouvera sa bien-aimée dans une ancienne cité des anges où il recevra une révélation qui l'obligera à repartir et à abandonner son amour, vivra avec les charognards (ceux qui fouillent les ruines des cités des anges) et alors qu'il reviendra, enfin, dans la colonie, apprendra d'une source inattendue la véritable nature de la révélation qu'il a eue et ce qu'est l'immortalité.

Car Engine Summer est un roman tout entier consacré à ce thème: qu'est-on? Et que signifie mourir? Qu'est-ce que l'identité? Comment la transmet-on? Si on a possède une identité propre individuelle (indivisible donc), alors mourir c'est perdre son identité. Donc, être immortel...

La lecture de ce roman m'a laissé perplexe pendant les trois quarts. J'en étais même venu à me dire que pour la première fois, je ne voyais pas l'intérêt d'un roman de Crowley. Et puis virent les 50 dernières pages et ce fut pour le narrateur comme pour moi une révélation d'une invraissemblable fulgurance . J'ai revécu le roman en quelques secondes, je l'ai vu et compris autrement et tout en interrogeant ce que je venais de lire, je me suis interrogé sur ce que j'étais, moi, lecteur lisant ce roman. Ce dénouement est d'une telle force qu'il laisse sans voix. Il va aux tréfonds de la métaphysique et de mes angoisses existentielles.

Et ça, il n'y a que l'excellente SF -- non, pardon, l'excellente littérature qui peut le faire.

Je me dis que bientôt, je relirais ce roman tant j'ai l'impression d'être passé à côté de plein de choses, tant il est riche sans le montrer, en racontant en apparence une histoire très simple dont on ne voit pas au début où elle mène mais qui lorsqu'elle arrive à son terme laisse groggy, l'âme à vif punaisée au mur par des mots, rien que des mots.

May. 16th, 2009

Critique roman: The White Tiger d'Aravind Adiga

Lorsqu'un ancien correspondant indien du Financial Times raconte son pays avec deux discours très clairs: le "miracle indien" est une supercherie et elle se construit par l'exploitation de la misère de l'Inde.


Le narrateur, Munna, apprend que le premier ministre chinois vient à Bengalore pour y découvrir le capitalisme indien, le fameux esprit d'entreprendre à l'indienne qui serait derrière le soit-disant miracle indien. Par culpabilité, par vantardise, par solitude, celui-ci écrit alors à ce ministre: sa vie est l'exemple même de l'esprit d'entreprise indien.

Clin d'oeil de l'auteur: la vie de son personnage est celle d'un moins que rien né dans un village perdu au milieu des Ténèbres, la campagne misérueuse de la vallée du Gange qui accède à la Lumière, à la vie urbaine à Delhi puis se libère totalement de ses entraves pour devenir chef d'entreprise à Bengalore.

Pour cela, il est devenu un meurtrier et a assassiné son employeur.

"Mais êtes-vous un homme ou un monstre?" se demande-t-il à lui-même dans le dernier chapitre et de répondre en paraphrasant Gandhi à qui un brahmine demandait, cherchant à le piéger s'il était un homme ou un dieu: "ni l'un ni l'autre: j'étais un homme mais je me suis éveillé contrairement à vous qui êtes restés endormis."

Car White Tiger est bien le récit d'un éveil: celui du narrateur et celui du lecteur, en tout cas telle est l'intention de l'auteur, je suppose. Ce Tigre Blanc, surnom du narrateur donné par son maître d'école (qui revendait les fournitures scolaires envoyés par le gouvernement vu qu'il n'était pas payé), indique bien qu'il est une abberation: un pauvre qui se rend compte de sa misère. En effet, tout le livre nous explique que la masse des pauvres est maintenue dans une servitude ancrée dans l'esprit des Indiens dès le plus jeune âge par leur famille ("obéis pour nous rendre fiers"), par l'école ("obéis pour rendre ton gouvernement fier, pense au grand Gandhi ce qu'il a enduré pour toi") et par la religion ("obéis pour contenter les dieux"). Cette obéissance est alors la clé de voûte sur laquelle repose le miracle indien: l'exploitation effrénée de cette masse de pauvres obéissants par une caste de riches sans scrupules qui arrosent le gouvernement pour laisser surtout les choses en l'état.

Conséquence de cet éveil: le meurtre, comme un geste obligé, une conclusion évidente. Alles ist Vorbrach, pourrait-on dire: lui aussi s'éveille, mais refuse de se sacrifier, au contraire!

Tout le personnage du narrateur est donc une parabole sur l'ambition ou plutôt l'instinct de survie qui anime ceux qui doivent survivre, se sortir de la misère crasse de l'Inde. Et là encore, comme dans Sacred Games, on voit que la réussite économique et sociale en Inde n'est pas une question de confort mais une vraie question de survie. Ce personnage est aussi une dénonciation de la société indienne, de la manière dont ses codes, ses traditions sont détournées pour maintenir la grande majorité de la population dans une servitude abjecte qui se nourrit de mensonges étatiques et religieux.

Et c'est d'ailleurs la faiblesse du livre: à force d'appuyer son propos, l'auteur perd en subtilité et en même temps en profondeur. Il écrit un roman tout de même et son intrigue manque de souffle voire de style. Le dernier chapitre, une fois que le meurtre a eu lieu, paraît même rondondant, l'auteur nous expliquant via son narrateur ses intentions. Enfin, si je poursuis ma comparaison avec Sacred Games, White Tiger est bien en-deça: en effet Sacred Games possède un souffle épique et, sous les dehors d'un polar populaire, propose un tableau au vitriol de l'ascension sociale d'un gamin d'un obscur état de l'Inde en baron du crime, du cinéma et de la politique. Plus subtile, plus épique et, j'ose le dire, mieux écrit (notamment les passages dans le passé en suivant la mère du policier -- voir ma précédente critique de Sacred Games), entre les deux, optez pour le polar, véritable roman social des XXe et XXie siècles.. pour l'Inde aussi.

Critiques BD: World Trade Angels

10 janvier 2009: Côté comics, j'ai lu World Trade Angels de Fabrice Colin et d'un dessinateur français, Laurent Cilluffo, qui a bossé pour le New Yorker (style de lignes claires). L'histoire d'un type qui a vu les attentats du 11-Septembre et les tours s'effondrer et qui n'accepte pas la nouvelle réalité qui en résulte à la fois pour le monde mais aussi pour lui. C'est plutôt bien écrit et la folie dans laquelle s'est enfermé le héros est très bien vue. C'est totalement Corri avec Automne (message perso à ceux qui peuvent comprendre cf. www.w-o-t.blogspot.com/). Cela faisait quoi? deux ans que j'avais acheté ça*. Je l'ai enfin lu et je le recommande.


* Chez Jean-Marie, à la Cour des Miracles à Caen, bien sûr.



Critique roman: The Book of Evidence de John Banville

Une critique qui date du 24 décembre dernier.

J'ai terminé la lecture ce week-end de The Book of Evidence de John Banville.

L'écriture est bluffante tant le style est ultra-maîtrisé. C'est impressionnant de lire des phrases les unes à la suite des autres dont on se dit au fur et à mesure qu'elles ne pourraient pas écrites différemment, qu'elles sont ciselées parfaitement à la virgule, à l'accent près.

Sur le fond, la pureté du style, sa sobriété met en valeur le propos: un homme qui est un étranger à lui-même assassine une jeune femme qui l'a surpris en train de voler un tableau. On se rend compte très rapidement que le narrateur -- le roman se présente sous la forme d'une lettre écrite au juge par l'assassin qui se confesse en quelque sorte, mais qui ne veut pas de pardon, non, il sait qu'il n'en mérite pas, mais qui veut que les choses soient précisées et claires -- est un maniaque, un type qui n'est pas un homme ou qui, justement, est par trop humain. "Pourquoi tu as fais cela?" lui demande un des policiers qui l'a arrêté, "mais parce que je pouvais le faire" répond-t-il avant de vomir toutes ses tripes sans comprendre pourquoi son corps a cette réaction. D'ailleurs, c'est amusant de voir que c'est son corps qui est humain. Son esprit est froid, ne comprend pas les émotions, s'interroge sur les émotions qu'il ressent à tord ou ne ressent pas, mais c'est son corps qui réagit normalement. Du coup, pour Banville, c'est le corps qui fait de nous des humains (et là je partage ce point de vue totalement, si ce n'est que le corps est lié à l'esprit).

La plus grande réserve que je ferais est la suivante: au bout de 40 pages, on a compris l'enjeu du roman: le narrateur est un psychopathe car étranger à lui-même, certes. Alors on a encore plus de 100 pages à observer ce même narrateur opérer son forfait sans que rien n'éclaire ses actes plus que le diagnostic déjà établi. On termine le roman en se disant: d'accord, mais à quoi bon? Quel est le propos au final? Que le corps est ce qui nous rend humain?

Bon, cela dit, c'est, comme je l'écris plus haut, une écriture fluide, apparemment facile (mais ô combien maîtrisée) et il n'est pas commun de lire des pages aussi bonnes. Et puis ce propos vaut le détour. Mais enfin... peut-être que cela manque d'ambition. Peut-être faudrait-il une deuxième partie aussi longue que le roman qui montre ensuite comme ce corps est notre humanité...

Apr. 30th, 2009

Critique ciné: "Dans la Brume électrique"

Il arrive parfois qu'un film vous hante. C'est le cas de le dire avec In The Electric Mist de Bertrand Tavernier.




Après avoir vu la version américaine, malgré son montage qui m'avait laissé perplexe pour ne pas dire déçu, malgré des scènes que je ne trouvais pas raccords les unes avec les autres, malgré une impression d'inachevée, il n'en restait pas moins une impression agréable, un peu poisseuse, d'un film qui me restait à l'esprit, qui occupait mes pensées.

C'est J. qui a attiré mon attention sur un article du Monde, relatant les déboires de Tavernier avec son monteur et comment, pour la sortie française, le réalisateur avait refait le montage et ajouté 30 minutes de film. Du coup, j'ai eu vraiment envie de le voir, surtout après qu'on ait reparlé des films précédents de Tavernier avec M.& F., lors du week-end de Pâques.

Convaincant H., nous sommes allés aux Cinéastes donc... et tout fut révélé.

J'y ai vu un film dont le montage retrouvait tout son sens, la voix-off également (qui reste peut-être parfois trop appuyée), les scènes conservées et coupées dans la version US redonnent une vie et un intérêt à l'intrigue policière elle-même qui, à son tour, n'en souligne que mieux les enjeux psychologiques et sociaux.

Car, j'y arrive, Dans la Brume électrique est la vision de Tavernier sur la société du Sud des Etats-Unis, cette Louisiane qui est associée au bayou et aux Cajuns. D'ailleurs, le bayou est le véritable personnage de ce film: sa moiteur, sa langueur, sa putrescence sont autant de motifs thématiques qui rejoignent la société raciste, secrète, corrompue et criminelle qu'est la Louisiane et, tout comme Katrina déterre le corps enselévi d'un Noir exécuté 40 ans auparavant, la tempête a mis au grand jour toute cette corruption.

Face à ce bayou hostile et dangereux, certains hommes, tel Dave Robicheaux, ont été conduits, obligés presque, à développer, s'ils ne voulaient pas sombrer, un code de l'honneur, des principes pour garder intacts leur foi dans l'homme et dans certaines valeurs. Mais pour garder cela intact, il faut s'endurcir. Et la guerre vient faire voler en éclat même les consciences les plus solides.

Car la guerre et plus généralement l'Histoire interrogent nos identités. Pour Robicheaux, ce fut le Vietnam qui le laissa alcoolique, pour le général fantôme qui hante la conscience de Robicheaux, ce fut la guerre de Sécession. Dans les deux cas, elle conduit à des atrocités contre des innocents et forcent les hommes à s'interroger sur les raisons de leur combat. "An evil, led by cupid and angry men, is infecting the world you're born in" dit le général à Robicheaux dans une scène hallucinante et hallucinée où le flic se retrouve au milieu d'un camp de Sudistes. On est à la croisée des visions de Twin Peaks associés à l'atmosphère poisseuse d'Angel Heart (mais pas aussi poisseux ni sordide, malheureusement).

Tavernier aborde donc dans ce film ces thèmes favoris et notamment le passé et comment, s'il n'est pas regardé en face, il infecte, comme un vieille blessure gangrénée comme un traumatisme d'enfance refoulé, toute la société qui se pourrit alors de l'intérieur. Comme dans les romans de David Peace, les meurtres des prostitués, des fugueuses, de toutes ces jeunes et jolies filles de la "working-class, alone and vulnerable" ne sont que le symptôme d'une violence intrinsèque; finalement, le coupable, refugié dans sa cabane perdue dans le bayou, avec ce vieux bus d'école qui rouille sous les frondaisons humides des arbres torves, n'est qu'une incarnation -- celle du mal, de ce mal qui plonge ses racines dans le coeur des hommes qui haïssent, sans même savoir pourquoi, les femmes, les pédés, les Noirs, les pauvres, eux-mêmes.

La réalisation est parfois quelque peu maladroite, les plans pas assez longs (sauf la scène de pêche, très bien vue). Elle me laisse quelque peu frustré: je voudrais qu'une scène puisse se terminer par un point de suspension, que la caméra reste alors que le personnage quitte le champ (de bataille, car il ne filme que cela, une immense et perpetuelle bataille). Et cependant, cependant, sans doute faut-il y voir là les points d'exclamation de Tavernier qui perd en subtilité (ainsi le chant d'opéra à la fin qui souligne un peu trop la résolution dramatique) ce qu'il gagne en force: à chaque fois que Robicheaux quitte la scène ou le lieu de la scène, il le fait comme sur un coup de tête, comme sous l'emprise d'une colère qu'il est parvenu à ravaler et qui l'oblige donc à partir vite, vite avant qu'elle n'explose.

Alors est-ce un grand film? D'un point de vue cinématographique, peut-être pas même si c'est bien filmé dans l'ensemble (très belles scènes du bayou lorsqu'ils vont à la recherche du corps ou lorsque l'acteur et sa copine actrice y partent en expédition*). Mais du point de vue de l'histoire, de ses thèmes, de la force de l'ambiance et surtout par la musique qu'il distille aux sons des blues cajuns, alors oui, oui, c'est un grand film qui transcende largement et puissamment le genre du polar dans lequel il s'inscrit pourtant, marque évidente de la grandeur de toute oeuvre.

* D'ailleurs, ces images ont évoqué dans mon inconscient le rêve que j'avais eu: j'étais à bord d'un bateau muni d'une grande hélice à l'arrière qui voguait rapidement sur un paysage de bayou. Il y avait F. aussi. Et lorsqu'on se penchait au-dessus de l'eau transparente on voyait des poissons aux reflets argentés et des dauphins qui nageaient ainsi que H., nue, et qui nous dépassaient... Tavernier, le maître des clés des labyrinthes obscurs de mes rêves.

Apr. 23rd, 2009

Immortalité?

J'ai appris, fortuitement, hier, en naviguant sur la page de France Culture, la mort de JG Ballard, le romancier (dont Spielberg a adapté un roman commettant ainsi L'Empire du soleil). Ballard avait révélé qu'il était atteint d'un cancer depuis plusieurs années.

Et, du coup, je me demande si le fait d'avoir écrit des livres qui sont considérés comme des quasi-classiques de la science-fiction tel que Crash (lui aussi adapté par David Cronenberg) vaut à Ballard, à présent qu'il est mort, d'être, D'une manière ou d'une autre, encore en vie...


Apr. 21st, 2009

Critique ciné -- X-Files

Rédigée elle aussi le 3 août 2008, ma déception (attendue et prévisible) de l'été:




(Après Wall-X), voici X-Files -- ben là c'est pas cul, c'est cul-cul. Là encore, désolé pour la longueur, mais un petit rappel s'impose:
 
X-Files a été, lors des 4 premières saisons, la première série de sf de culture populaire. Avant, la sf était cantonnée aux geeks. Avec X-Files, elle débarque chez tout le monde. D'ailleurs, on a eu droit ensuite aux agents du FBI et aux enquêtes sur le surnaturel à toutes les sauces. Selon moi, la série a connu un tel succès pour deux raisons: l'ambiance surnaturelle/ conspiration face au monde contemporain ce qui était novateur pour la culture mainstream et le couple Mulder (un idéaliste crédule en quête de sa soeur qu'il croit avoir été enlevée par des ET et se réfugiant derrière une ironie féroce et un cynisme de facade face aux coups qu'il prend, donc forcément hyper attachant) et Scully (une scientifique rationnelle et bornée mais croyante en Dieu donc éventuellement ouverte à l'idée d'influence supérieure et, corrolaire à mes yeux, donc forcément chiante). 
 
Toutes les premières saisons tissaient un canevas subtil entre la propension de Mulder à croire et les réflexes de Scully à rationaliser tout en construisant une mythologie qui rendait accroc à la série: les ET, la conspiration (ah le club de la 5e avenue), le gouvernement, les secrets, les secrets, la paranoia, les secrets... 
 
La décadence de la série a commencé lorsque les auteurs ont accentué le côté Mulder est un élu et donc le côté bondieuserie. C'était intéressant de vouloir lier les ET avec l'origine de l'homme et donc de réduire la Bible à une interprétation de la vie extraterrestre. Mettre la famille de Mulder au milieu d'expériences du gouvernement pour créer un hôte adequat pour les ET, ça c'est bien, expliquer ainsi pourquoi la soeur de Mulder a été choisie par son père, bien aussi, les clones, l'enlèvement de Scully, tout va bien. Et là, patatra! Scully doit accoucher du Messie, mais non le Messie c'est Mulder, mais non en fait il faut qu'ils couchent pour engendrer le Messie (mais dans ce cas, saloperie de catho de Carter, va au bout: il faut que Mulder couche avec la fille de Scully engendrée à partir de ton propre ADN et ainsi tu aura un truc logique en terme de génétique, petit chrétien puritain de m...). Bref, à partir du moment où Carter et Sponitz ont cédé aux pressions pour faire une histoire d'amour mièvre entre Mulder et Scully, c'était naze, à partir du moment où n'étant plus fidèle à la ligne directrice originelle de la série (ET > à Dieu pour résumer) et on même fait le contraire (Dieu > à ET), c'était naze.
 
Or, le film ne fait que reprendre ces deux éléments. Et donc il est ultra-naze au carré. Je m'y suis fait chier, mais c'est impressionnant. Et venant d'un pur fan de la série, depuis sa première diffusion en France sur la 6 le jeudi en 2e ou 3e partie de soirée puis le dimanche soir puis le vendredi puis le samedi, c'est vraiment que c'est naze: car moi aussi, I wanted to believe in X-Files 2 (même si je savais que c'était pas possible que Carter puisse revenir sur toutes les conneries qu'il avait faite) et là ben j'ai vu et j'ai pas cru. 
 
Carter c'est un peu comme Shyamalan -- un puritain conservateur intégriste qui fait passer ses idées nunuches mais dangereuses dans des films qu'il finance lui-même (ce qui explique qu'il peut les monter parce que sinon, j'espère qu'il y aurait un producteur pour leur dire que si eux ils ont besoin de se convaincre qu'ils sont hyper croyants et qu'ils iront au Paradis, ok, mais qu'ils n'en fassent pas des films prétexte à prosélytisme nauséabond). 


Critique ciné -- Wall-E

Rédigée le 3 août 2008, cette critique me paraît pertinente:




Parfois, les critiques m'étonnent. Par exemple avec Wall-E. Toutes les critiques ont mis quatre étoiles sur quatre au dernier Pixar et du coup sur Allociné c'est le film qui arrive en tête du top critique (avant Valse avec Bashir). Du coup, depuis un mois et demi pendant lequel j'entends dire que c'est un chef d'oeuvre, je m'attends vraiment à voir un film ahurissant.
 
Et, en fait, c'est pas mal. Et c'est tout. Du coup, les critiques me paraissent un peu trop ennervées.
 
Le début du film est vraiment le plus intéressant: les paysages de la Terre souillée et abandonnée, les piles de déchets s'élevant plus haut que les grattes-ciels sont impresionnants et contrastent bien avec ce petit robot vieillot qui circule entre eux. D'ailleurs, le robot lui-même semble être un déchet, mais qui marche encore, presque comme un vieux jouet abandonné qu'on avait oublié là en partant. Le "on" étant l'humanité. De plus, la réalisation est vraiment soignée pour cette première partie: il y a un partie-pris esthétique formel très intéressant de filmer les déchets et la Terre morte d'une manière réaliste avec certains plans (vu du dessus notamment) vertigineux.
 
La deuxième partie du film, avec la rencontre entre Wall-E et Eve et leurs péripéties à bord du vaisseau, est beaucoup plus classique pour un dessin animé et, mise à part quelques moment de pur beauté (comme la danse dans l'espace à coup d'extincteur), m'a paru même un peu ennuyante car prévisible. Je regrette que les humains n'aient pas été encore plus présenté comme des amibes asexuées et incapable de rien faire.
 
Du coup, je me suis dit que le réalisateur et le studio Pixar/ Disney aurait pu faire de Wall-E un vrai chef d'oeuvre et ne pas se contenter d'une vague évocation écolo opportuniste avant de céder aux schémas narratifs classiques. Comment? Faire l'intégralité du film sur la première partie. Cela aurait donner un chef d'oeuvre de sf, proche d'Aasimov. Pour cela, il aurait fallu que les traits anthropomorphiques de Wall-E soient gommés. En effet, Wall-E, dès le début du film, nous est présenté comme "humain": il sourit, il a peur, il est amoureux, romantique (il regarde deux scènes d'une comédie musicale en boucle), etc. Dommage: le vrai sujet du film aurait pu/ dû être l'humanisation de Wall-E et ne pas la présenter comme un présupposé.
 
En gros, moi ce qui m'intéresse ce n'est pas la rencontre avec Eve (ou alors tout à la fin du film éventuellement) mais les 700 ans qui précèdent. On aurait eu un film quasi entièrement muet (peut-être quelques paroles de Wall-E qui aurait chanté les paroles de sa comédie musicale) à observer un robot qui compacte des déchets et qui récupère des objets trouvés parmi eux pour les collectionner mais sans en connaître la destination originelle. Et, on aurait pu observer ainsi un mimétisme tout d'abord (mais décalé, forcément, n'ayant nul humain sur lequel prendre modèle) et donc une nouvelle humanisation. Une nouvelle évolution terrestre mais non plus du singe vers l'homme mais du robot vers l'homme.  Ainsi, le robot remplacerait l'humain sur Terre car les humains l'ont rendu inhabitable.
 
Le résultat aurait été plus proche de la réflexion finale de AI: un robot peut-il devenir humain? Et la réponse, inévitable: non. Car un robot, même s'il possède une IA très perfectionné ne peut qu'imiter un humain, ne peut qu'imiter la tristesse, l'amour, la solitude, car au fond de lui, il n'y a rien car il ne vit pas. Ou alors on fait intervenir un processus d'humanisation totale mais là, à part l'équation divine, je vois pas ce que je pourrais trouver crédible... D'autant que si Wall-E devient vraiment humain, après son éveil, il se rend compte qu'il est non pas nu mais seul. Et à moins là encore que Dieu ou un équivalent (la Terre? pour faire ainsi de ce Wall-E pour adultes un film à la gloire du panthéisme? hé, hé) lui crée une Eve, il se suicide. Mais pour les âmes sensibles et les indécrotables optimistes, le film aurait pu donc apporter une Eve à la fin, exactement comme dans le vrai Wall-E, arrivant en vaisseau (qui représente donc le Deus Ex Machina ultime) et la rencontre de se faire. Paf, fin, générique (et là on garde le même qui est l'une des meilleures idées du film -- cf. les 2 min et 30 secondes du début).


 
Mais, évidemment, mon Wall-E, comme vous pouvez le voir, un film pour adultes, pas pour les enfants (il fait quoi le robot là? rien, il trie des déchets et il cherche l'explication des objets qu'il collectionne. Et là? Rien, rien, chéri, il se fabrique une Wall-ette.). De Wall-E à Wall-X en somme.
 
Conclusion: les critiques se sont un tantinet trop emballés que ce soit pour (mettre ce film au-dessus de Valse avec Bashir?) ou contre (celle de Télérama ne critique pas le film mais la compagnie qui le produit: évidemment que c'est opportuniste, y'a pas de quoi s'en offusquer).


Critique ciné -- Cashback

Il y a de cela quelques temps maintenant, j'ai vu Cashback de Sean Ellis, un film anglais pas pudibond et rigolo qui vaut le détour:




Le pitch du film est le suivant: le personnage principal est un dessinateur/ peintre qui s'aperçoit qu'il peut arrêter le temps dans la grande surface dans laquelle il travaille. Du coup, il en profite pour déshabiller les femmes qui font leurs courses et les dessiner.

Ce qui est intéressant c'est la manière dont le personnage en profite (en voix off) pour expliquer d'où lui vient cette fascination pour le corps féminin à travers ses souvenirs d'enfance et, en fait, on comprend que le personnage est l'incarnation de tout homme qui aime les femmes. (Ses souvenirs sont d'ailleurs bien fichus avec une ambiance et une esthétique années 80 qui ne nous rajeunit pas, ma bonne dame.)

Qui plus est il y  un réel travail de photo et d'esthétique sur les corps de femmes dénudés et figés dans ce supermarché. C'est très beau. Le réal film des seins et des toisons pubiennes (pour employer une expression... correcte) avec un vrai sens de la pudeur et de la beauté féminine. Il y a quelque chose de troublant sur cette beauté figée (d'ailleurs à croire que toutes les femmes qui fréquentent ce supermarché sont belles). Il n'est pas innocent que le personnage soit un peintre.

Après, là-dessus se greffent une galerie de personnages anglais d'aujourd'hui plutôt marrante et une histoire d'amour un peu rabâché, le tout avec un manière de traiter les sujets très "indie" (et donc un peu surfaite et déjà clichée).

Bref, un film qui vaut pour ses louanges pudiques mais non pudibondes à la sexualité mais qui nous ennuie ferme dès qu'il s'agit de l'histoire qui y est racontée.

Note: Plus d'un an après sa vision, ce film reste un très bon souvenir. La beauté pure exprimée à travers les corps de ses femmes est la plus belle louange que j'ai vu depuis longtemps car empreinte d'un respect jamais démenti.

Apr. 13th, 2009

Critique ciné: Slumdog Millionaire


Est-ce parce que tout le monde l'avait déjà vu et de fait, inconsciemment et de manière tout à fait pédante, mon esprit a décidé de ne pas aimer? J'en sais rien. Toujours est-il que si je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé, je ne peux pas dire non plus que j'ai aimé.

L'histoire, tout d'abord, m'a rappelée Sacred Games car il y question de s'extirper de la pauvreté. Néanmoins, la comparaison s'arrête là: je trouve les péripéties de ces deux enfants en Inde trop chanceuses. En d'autres termes, j'accepte l'idée qu'ils s'en sortent mais je trouve qu'ils s'en sortent de manière trop chanceuse, trop miraculeuse -- trop écrite en fin de compte. D'autre part, devant les scènes de train et du Taj Mahal avec les touristes, je me suis surpris à penser que le regard jeté sur la pauvreté des enfants en Inde était trop beau (complaisant?). En fait, ce film propose une esthétique de la pauvreté (en la mettant en musique de manière rythmé et hype, par exemple) et ça, je ne peux le prendre pour argent comptant (ah, ah).

La trajectoire des deux frères qui s'opposent (l'un reste intègre, l'autre devient un bandit) est insuffisamment exploré. Pour moi, le sujet du film aurait du être là. Car, au final, quel est le sujet du film? Qu'un gamin des rues, de par sa vie aventureuse, peut répondre aux questions de "Qui veut gagner des millions?" C'est un peu juste, non? Alors que montrer les deux destins parallèles et opposés de deux frères qui se sortent (ou s'emprisonnent) dans la misère des slums de Mumbai aurait été passionnant.

Quant à la fin, euh..., je suis sans doute trop cynique, mais je la trouve vraiment trop prévisible, trop écrite encore une fois. D'ailleurs, la scène finale de gare est typique de ce problème: la gare vide, les retrouvailles (mais que font-ils là? pourquoi n'est-ce pas à la sortie du studio? pas assez dramatiquement approprié? romantique?) montrent que ce film est en fait une pièce de théâtre, une illusion, une fable, un conte: il était une fois un petit garçon des slums qui est devenu un millionnaire. Sauf que le film ne se l'avoue jamais.

En d'autres termes, Danny Boyle nous reprend les thèmes des comédies Bollywood -- les aventures, les rebondissements, les miracles -- mais n'ose pas aller vraiment dans cette direction si ce n'est avec le clin d'oeil du début avec la star des films Bollywood des années 80, la réplique qui revient deux fois dans la bouche du héros ("c'est notre destin") et l'idée que le jeu est "écrit" -- comme le film, mais trop. Je trouve qu'il ne parvient pas à trouver l'équilibre entre la crédibilité de ce qu'il raconte et nous montrer qu'en réalité tout est faux. De fait, lorsqu'il raconte les aventures des deux frères, je les trouve peu crédibles et lorsqu'il dit que c'est une fable je le trouve trop visible. Il ne suffit pas de l'annoncer pour réussir à le faire.

La réalisation est dynamique, la photo impec: la forme est bien. Par contre, contrairement à beaucoup, je trouve le montage vraiment trop artificiel et les scènes d'interrogatoire et de jeu trop prétexte pour raconter la vie du héros, ce qui contribue à mon sens au déséquilibre entre le réalisme de la pauvreté et la fable qui nous est racontée.

En d'autres termes, un film plaisant (encore), agréable à regarder, mais jamais convaincant, auquel il est bien difficile d'adhérer et de voir comme autre chose qu'un joli gimmick.

Bon, maintenant, j'attends que quelqu'un adapte Sacred Games.


Note: à préparer ce post sur mon journal, je m'aperçois que la b-a utilise Sigur Ros. Dany Boyle, t'es qu'un naze: ça a déjà été fait avec Les Fils de l'homme, pauv' type qui sait rien qu'à copier. Et mon opinion du film est confirmée: un truc hype pour nous vendre la pauvreté en Inde comme une attraction touristique. Pitoyable.

Critiques ciné:

Ah, les voitures se cassent, les tondeuses aussi, les oraux se suivent, les sorties fatiguent et les conseils s'éternisent... Pas une minute pour écrire mes critiques ciné ces temps-ci. Heureusement, les vacances sont arrivées, alors je prends le temps pour écrire et ratrapper mon retard abyssal (et ça se veut écrivain? Hé ben, c'est pas gagné!)

Watchmen de Zack "Bad Taste" Snyder



Commençons par ses réussites: le film a beau duré 2h40, on ne s'y ennuie que peu (seulement à un moment aux 3/4 quand ça parle, ça parle, ça parle pour ne rien dire d'autre que ce qu'on a déjà compris par nous-même: Zack, tu sais, on est moins cons que toi alors pas la peine de nous expliquer). Autre aspect positif: la photo qui a un grain certes lisse mais monochrome plutôt sympa et donnant un air orwellien au film. Enfin, Znyder n'a pas abusé des scènes de combat ni des ralentis/ accélérés dont il est pourtant si friand (il y en a quelques une quand même, faut pas déconner).

Maintenant, l'impression générale du film reste que c'est un échec. En effet, lorsque le générique de fin arrive, je me suis rendu compte que ce que j'avais préféré était le début, mais vraiment le tout début, c'ad le générique d'ouverture qui résume bien l'esprit de la BD ainsi que la première heure au cours de laquelle une mélancolie s'installe. Puis vient l'intrigue proprement dite et même si Znyder traite les flash-backs avec aise, il se concentre sur l'intrigue actuelle et non sur les trois générations de héros en costume, sur leurs réussites qui se révèlent être des échecs, sur leurs déboires personnels et sur leur mal de vivre. L'aspect psychologique n'est pas pas absent, loin de là, mais il aboutit à quelque chose de ridicule (la scène d'amour entre le Hibou et Spectre Soyeux) ou à du verbiage (Ozymandias).

Au final, la plus grande réussite du film est de souligner par l'absence ce qui fait la force de la BD, à savoir la narration, le portrait d'ensemble qui se dégage une fois toutes les histoires de ces personnages pathétiques racontées. En fait, transposer fidèlement la BD revient à en oublier que c'est presque ce qu'il y a entre les histoires qui était intéressant et non les histoires eux-mêmes. Bref, cela demandait plus de subtitlité que Snyder n'en a. D'où le fait que ce soit le générique de début qui soit le plus réussi... Après, je ne boude pas mon plaisir et j'ai quand même passé un bon moment.


1974, 1980 et 1983

www.channel4.com/services/videoplayer/popup.jsp

La mini-série proposée par Channel 4 s'avère, dans sa globalité, de bonne qualité. L'adaptation des romans de David Peace est réussie même si elle simplifie et les intrigues et le propos social. D'ailleurs, c'est l'équilibre entre l'intrigue et le social qui pose toujours problème dans chaque épisode: dans 1974, l'intrigue est mise en avant au détriment du tableau social du Yorkshire qui entre dans la crise. Dans 1980 et 1983, le social est davantage présent et les réals ont ainsi diminué la prépondérance de l'enquête qui ne sert plus que de prétexte à nous décrire cette région, sa misère omniprésente, économique, sociale, morale -- comme c'est le cas dans les romans. Car, finalement, le propos de cette tétralogie est de nous montrer comment les crimes qui sont commis dans le Yorkshire ne sont que le symptôme de la déliquescence de la société anglaise industrielle et post-industrielle: police, habitants, journalistes, tous sont coupables de ces crimes, car comme le vrai tueur, ils s'en repaissent. La série parvient à nous le montrer, notamment dans les deux derniers épisodes. Enfin, certains personnages sont brossés avec subtilité (BJ le prostitué, l'avocat du 3e épisode). Par contre, soit dit en passant, je trouve Peter Mulan un peu trop caricatural dans son personnage de prêtre ouvrier issu de ce quartier pourri...

The Wrestler, de Darren Aronofski




Mickey Rourke interprète une star du catch has-been et sur le déclin qui va faire un combat de trop. Effectivement si l'argument est le même que Rocky, l'univers est beaucoup plus intéressant dans The Wrestler qui dépeint cette Amérique des marges, cette Amérique des loosers, des has-been et des paumés. Néanmoins, le film pêche par la volonté par trop sentimentaliste: toutes les scènes entre le père à la recherche de rédemption et sa fille qui ne veut plus le voir sont à la fois trop tire-larmes sans être assez développées pour permettre de s'y investir.
Le film touche juste dans les scènes de drague entre ce catcheur et la strip-teaseuse, entre ces deux paumés, mais reste insatisfaisant, comme si la réflexion qu'il voulait nous proposer -- les loosers sont mieux parmi les loosers -- n'était pas celle qui aurait du s'imposer. Sans doute aurait-il mieux valu creuser le tableau social de cette Amérique des marginaux, cette Amérique des rejetés, des usés, des plus-bons-qu'à-continuer-leur-
vie-de-merde. D'ailleurs, à un moment, lorsqu'il est question de Jésus au détour d'un dialogue, je me suis dit que quelque part, la réflexion qui apparaît est intéressante: ces catcheurs de seconde zone sacrifient leur apparence, leur santé, leur vie, se condamnent eux-mêmes à souffrir pour le plaisir d'un public en mal de sensations qui ne fait que venir assister à leurs spectacles et s'en fout de leur vie. Il y a donc une dimension christique à ce personnage de catcheur. Rien que pour ce regard, cela vaut le coup. Et pour la chanson de Springsteen à la fin aussi. Surtout, d'ailleurs... (mal)heureusement.

The Spiderwick's Chronicles




Adapté des romans pour enfants de Holy Black illustrés par Tony DiTerlizzi, le meilleur dessinateur féerique que je connaisse, héritier spirituel direct d'Arthur Rackham, le film soufffre du même défaut majeur que les romans: les fées sont un prétexte pour évoquer des valeurs chiantes, un propos lénifiant et une histoire mal fagotée. Résultat: c'est chiant et banal car les créatures sentent le déjà vu (le griffon que les personnages chevauchent comme dans Harry Potter par exemple). En le comparant à Bridge to Terabithia, on s'aperçoit du gouffre qui sépare ces deux films: l'un est une évocation poétique et poignante de l'adolescence dans un environnement rural et de la confrontation à la mort à cet âge, l'autre est un gimmick mal pensé, mal fichu, mal raconté.


Mar. 25th, 2009

Théologie cosmique 1: Deus Ex Machina

Dans une émission récente des Nouveaux chemins de la connaissances, Raphaël Enthoven recevait Dan Arbib (ancien normalien et agrégé de philo) pour une causerie sur le Dieu des juifs.

Ce faisant, ils en virent à s'interroger sur ce qu'est Dieu. Ainsi, dans la Genèse, lorsque Moïse voit le Buisson Ardent et reçoit une mission, il demande au nom de qui il devra parler aux Hébreux. Et Yahvé de lui répondre: "Je serais qui sera" (selon la traduction que Enthoven et Arbib proposent à partir de l'hébreu, expliquant que le verbe être ne se conjugue pas au présent).

En utilisant le futur, Yahvé disqualifie la question de Moïse. Pour le dire autrement, il lui répond: ta question n'a pas de sens, car je ne suis pas encore mais si tu fais ce que je te dis je serais (enfin).

Plus loin, alors que Moïse est sur le Sinaï après avoir fait sortir les Hébreux d'Egypte, il demande à Dieu de lui apparaître. En réponse, Yavhé lui dit qu'il va s'invoquer lui-même et que pour ce faire, il va se prier:

"Moïse dit: Fais-moi voir ta gloire!

"L'Eternel répondit: Je ferai passer devant ta face toute ma bonté et je proclamerai devant toi le nom de l'Eternel..." (Genèse, XXXIII, 18-19)

Un peu plus loin:
 
"L'Eternel passa devant lui en proclamant: L'Eternel, l'Eternel, Dieu compatissant et qui fait grâce, lent à la colère, riche en bienveillance et en fidélité, qui conserve sa bienveillance jusqu'à mille générations... " etc, etc. (Genèse, XXXIV, 6-7)

Ainsi, on découvre dans ces deux passages que Yavhé montre à Moïse comment le prier et que lui-même, pour pouvoir apparaître, pour pouvoir exister, pour pouvoir être, doit se prier, doit s'invoquer.




Enthoven en vient à demander à Arbib si en faisant cela Dieu ne montre pas qu'il existe en chaque homme (réflexion de Spinoza semble-t-il). Mais pour ma part, je comprends autrement ces passages: en réalité, Yahvé montre en se définissant et en se priant lui-même qu'il n'existe pas! Pour Arbib, la question de l'existence de Dieu n'a pas de sens dans la Bible car il est là dès le début. Certes, mais pour moi cela signifie que ce récit qu'est la Bible est celui d'un esprit qui cherche à être, à exister. Pour cela, il choisit un peuple, les Hébreux (pourquoi ce peuple? je chercherai à y répondre ensuite), les tyrannise, leur dit qu'il a crée le monde, qu'il a fait le Déluge (mais il se vante, il se la ramène, car pour les Babyloniens, ce sont les dieux Annunaki), etc. et il choisit des pauvres bougres -- le père d'Abraham, Abraham, Joseph, Moïse -- pour leur donner des ordres, faire ce qu'il leur demande et ainsi devenir ses prophètes, c'est-à-dire ses vecteurs dans ce peuple qu'il a élu.

Pourquoi fait-il tout cela? En répondant à Moïse qu'il sera celui qui sera il montre qu'il n'est pas et que donc il a besoin de lui pour faire ce qu'il lui demande (sortir les Hébreux, les amener en Terre Promise, leur donner les Commandements) pour pouvoir se réaliser, pour pouvoir devenir ce qu'il souhaite. Idem en s'invoquant devant Moïse et ce faisant en montrant à Moïse comment le prier: il montre ce qu'il faut faire pour le faire exister, pour le faire être.

L'Alliance avec les Hébreux est en fait pour Yavhé le moyen de devenir autre chose que "Yavhé", ayant un nom, une existence finie, étant localisé, étant finalement, mortel, pour devenir Dieu, infini, absolu, immanent, Eternel. D'où le fait qu'il faille l'appeler Adonaï et non par son nom. C'est pourquoi le nom de Dieu est interdit. Et le trouver c'est le rappeler à sa condition de non-Dieu.

Ainsi, ce sont les hommes -- nous le savions -- qui créent Dieu et non l'inverse. Yavhé est bien le Deus Ex Machina, le Dieu issu de la Machine ("issu," amusant d'ailleurs que Moïse, Moshe, en hébreu, se traduise par "né de," "issu de"), le Dieu né de sa création. Ainsi, les hommes, lorsqu'ils prient, lorsqu'ils invoquent, lorsqu'ils concentrent leur esprit sur une immatérialité créent de l'être, de l'existence, du possible. Les Hébreux ont donné naissance à Dieu en l'appelant Adonaï et non plus Yavhé.

Soit-dit en passant, cette certitude qui s'ancre de plus en plus en moi pose la question de l'élection des Hébreux. Pourquoi eux? Et bien parce qu'ils étaient facilement impressionnables. Les Hébreux, de ce que j'en sais, ce sont les loosers de l'Antiquité: coincés entre les Egyptiens, les Hittites, les Babyloniens, les Phéniciens... autant de peuples sédentaires, puissants, ces nomades éleveurs de chèvres sont un peu les gitans, les romanos du Croissant fertile. D'ailleurs, Moïse le montre lorsqu'il essaie de se dérober à la mission que lui donne Yavhé: non, non, pas moi, je pourrais pas parler au Pharaon, je bégaye, je sais pas parler... Et Dieu s'ennerve contre ce complexe de looser et lui dit oh c'est qui qui parle ici? C'est moi alors tu causes, je causerai à ta place (Cyrano mon ami).

De fait, hypothèse 1) lorsqu'une puissance se pointe et dit: je suis [bip] et je vais faire de vous le peuple élu, pour eux c'est inespéré et ils suivent d'autant que ce Yavhé semble avoir quelques pouvoirs. Pas de quoi casser des briques non plus: transformer un bâton en serpent puis le remettre en bâton, faire croire que la main de quelqu'un a la lèpre pendant deux secondes... bon écarter la mer Rouge c'est plus chaud, mais on sait qu'il bénéficie de circonstances géologiques favorables...

Ou alors, hypothèse 2) ce statut de gros loosers antiques fait des Hébreux un peuple limite schizo ou en tout cas mythomane: ouais, ouais les Babyloniens, vos dieux ont provoqué le Déluge, mais en fait c'est le nôtre! Na! Et puis il a crée le monde! Et nous il est tout seul, tas de c...! qui ont saccagé notre belle ville de Jérusalem. Nous on a pas besoin d'avoir 3000 dieux comme vous gros prétentieux d'Egyptiens, on a en qu'un et il est plus fort que tous vos autres dieux réunis! Donc, dans une sorte de délire de complexe d'infériorité le père d'Abraham, Abraham, j'en passe, Moïse s'inventent un type surpuissant qui les protège, les a élus et qu'ils sont obligés de suivre  et à qui ils doivent obéir.

Bien, une fois ce blasphème posé, je vais pouvoir poursuivre ma théologie cosmique. A suivre...



Mar. 13th, 2009

Rap astrophysique

C'est génial! C'est brillant! Ils sont géniaux ces astrophysiciens:




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